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René NABA
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Le 23 juillet 2012 à 21 h 04 min   

 

  • Ce papier est co publié avec www.differences-larevue.org, blog de militants du MRAP et la revue «Les Zindignés N°3 Juillet Eté 2012 à l’occasion du 50 me anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, en hommage à ce pays, proclamé le 5 juillet 1962 au terme de huit ans de guerre mettant fin à 132 ans de présence française.

Paris – Il arrive que l’on aime les Algériens, mais certainement pas pour leur caractère. Plus sûrement pour leur douloureuse et glorieuse histoire, leur colonisation intensive et leur guerre de Libération Nationale, l’une des rares victorieuses avec celle menées par le mouvement nassérien du FLOSY du Sud Yémen de Abdel Kawi Makkawi contre le protectorat britannique d’Aden.

C’était l’époque heureuse où un chrétien palestinien Georges Habbache faisait le coup de feu avec un musulman yéménite contre leur ennemi commun, le colonialisme occidental.

L’époque heureuse où Nasser l’égyptien était la cible d’une expédition punitive de la part des puissances coloniales de l’époque, la France et le Grande Bretagne, avec le soutien de leur créature, Israël, pour avoir porté aide à ses frères d’armes algériens en lutte pour leur indépendance.

L’époque heureuse où un archevêque de Jérusalem, Mgr Hilarion Capucci, faisait l’objet d’une mesure de bannissement pour son soutien aux Palestiniens, un poète chrétien palestinien, Kamal Nasser, porte-parole de l’OLP, -oui, un chrétien porte-parole de la centrale palestinienne- devenir la cible dissuasive à l’engagement des chrétiens arabes dans la résistance palestinienne, lors d’un raid israélien en plein cœur de Beyrouth, le 13 avril 1975 et vengé à son tour par un druze libanais. En symbole du dépassement du clivage ethnico-religieux, portant le combat au cœur de la Palestine, Samir Kantar glanera au passage le glorieux titre de «doyen des prisonniers politiques arabes», dont il sera déchargé au profit d’un palestinien lors de sa libération par le Hezbollah chiite.

Les choses étaient claires: bloc contre bloc, frontalement. Nasser, Habbache, Ben Bella et Boumediene, des dirigeants ascétiques, au nationalisme fier et ombrageux, pleins de tenue et de retenue, imposant le respect à leurs adversaires, sans jamais défrayé de leurs frasques la chronique de la presse à scandales.

Nasser en soutien à la révolution algérienne et Boumediene en bailleur de fonds de son successeur Sadate pour la percée du Canal de Suez et de la destruction de la ligne Bar Lev.

Heureuse époque et glorieuse où Boumediene surprenant le Kremlin au saut du lit, en octobre 1973, pour des emplettes à destination du champ de bataille, déboursera cash 200 millions de dollars pour des missiles balistiques aux fronts du Sinaï (Egypte) et du Golan (Syrie), en complément du bataillon algérien dépêché sur le front de Suez pour colmater la brèche du déversoir, en superposition au ravitaillement énergétique des corps de bataille arabes. Des emplettes en toute discrétion, sans la moindre ostentation, pour une contribution globale de l’ordre d’un milliard de dollars de l’époque.

Heureuse époque où l’appartenance religieuse ne surdéterminait pas les options politiques.

Les temps ont changé. A leur place trônent désormais des obèses autocrates générés par les lubrifiantes pétromonarchies, protégés par des mercenaires recrutés au sein du vivier des soldats perdus de l’Occident, les mercenaires de Blackwater et d’Executive Outcome, de Vinnel et de Strafor; des gisements de pétrole protégés par des Israéliens à Abou Dhabi et en Arabie saoudite (1), sur fond d’attentats du mouvement wahhabiste «Al Qaïda» contre les chrétiens d’Irak et d’Egypte, au rythme soutenu des fatwas: Fatwa pour la destruction des églises de la péninsule arabique, Fatwa pour l’assassinat du président syrien Bachar Al-Assad, prioritairement à un israélien (Ayed al Karni), Fatwa pour l’allaitement de l’adulte, Fatwa, enfin, pour la correction de la femme désobéissante (2).

Les temps ont changé. Le Mouvement Nationaliste Arabe, vivier d’une cohorte d’intellectuels arabes de talent agrégés à leur chef charismatique Georges Habbache en un mouvement transnational laïc et progressiste qui avait tenu en haleine la scène arabe pendant deux décennies, a cédé la place au rigorisme de la mouvance wahhabiste dans toutes ses déclinaisons rigoristes voire obscurantistes, talibane, djihadistes d’Al Qaïda, Salafistes, Takfiristes.

Avec en support, des prédicateurs millionnaires, l’égypto-qatariote Youssef Qaradawi et le saoudien Ayed Al Karni, les cautions jurisprudentielles des équipées atlantistes en terre arabe, particulièrement contre les régimes séculiers. Et pour cible prioritaire, non la Palestine, mais les Bouddhas de Babyane, l’Union soviétique en Afghanistan, le principal fournisseur d’armes des pays du champ de bataille, des tours civiles à New York, l’Irak, contre les Chiites et les Chrétiens, la Syrie, contre les civils à Alep et Damas, voire même Toulouse et Montauban, en pleine campagne présidentielle française, exacerbant l’islamophobie latente d’une large fraction de l’opinion française.

En contrechamp, le Hezbollah libanais, objet désormais d’un désamour de la part du président démocrato-nahdawiste de Tunisie, Moncef Marzouki, se fixe comme point de mire, le doigt sur la gâchette, Israël, uniquement Israël, exclusivement Israël… et stigmatiser à ce titre.

Signe de la modernité arabe, c’est à dire de l’aliénation mentale des Arabes, les pétro-monarques et les Occidentaux se liguent, de nos jours, contre un des principaux pays du champ de bataille, la Syrie, au nom de la modernité et de la démocratie en une drôle d’alliance de régimes rétrogrades arabes avec le protecteur d’Israël. De grands pays arabes sunnites et Israël se liguent pour imposer le blocus de Gaza, le dernier ersatz de la Palestine combattante…..au nom de « l’Islam des lumières »….un Islam des lumières forgé par des obscurantistes pour la promotion de leurs intérêts de survie dynastique.

Quelle était pourtant belle cette prodigieuse décennie de diplomatie multilatérale initiée par le tandem Boumediene-Bouteflika (1970-1980), marquée par le débarquement de Yasser Arafat à l’ONU (1974), la propulsion du nouvel ordre mondial de l’information, l’accord frontalier irako iranien (1975), le dénouement de la prise d’otages de l’OPEP menée par Carlos (1976), et la libération des otages de l’ambassade américaine de Téhéran (1079-1980). L’Algérie en paiera le prix fort par l’implosion aérienne de son brillant ministre des affaires étrangères de l’époque, Mohamad Seddik Ben Yahya (1982), le troisième d’un tel calibre après Mohamad Khemisti (1963) et Abdel Aziz Bouteflika.

Belle, mobilisatrice et créatrice, dans les deux versants du monde arabe, à Alger et Beyrouth, les deux plateformes opérationnelles des mouvements de libération du Tiers monde, dans la décennie 1960-1970, où dans une subtile répartition des rôles, la capitale libanaise abritait, autour de l’OLP, les révolutionnaires de la péninsule arabique et de la Corne de l’Afrique (Arméniens de l’ASALA, Kurdes du PKK, Omanais du Front de libération du Dhofar, en sus des Somaliens, des Erythréens et des Yéménites)?

Et l’algérienne, autour des Blacks Panthers, la kyrielle des mouvements du continent africain du Frelimo du Mozambique, à l’UNPLA de l’Angola, à la ZAPU du Zimbabwe, à l’ANC (African National Congress) d’Afrique du sud enfin.

I-En ces temps-là, le nationalisme arabe faisait sens.

L’Arabe et le Palestinien captaient le regard du monde et comptaient parmi leurs compagnons de route de prestigieuses personnalités, tel Frantz Fanon, le lumineux auteur des «Damnés de la terre» et pour compagnon de lutte d’authentiques patriotes, Ho Chi Minh (Vietnam), Chou En Lai (Chine), Nehru (Inde), Soekarno (Indonésie), tandis que la keffieh, la coiffe traditionnelle palestinienne, était, parallèlement, propulsée au rang de symbole universel de la révolution, déclinée dans toutes les couleurs pour devenir le point de ralliement de toutes les grandes manifestations de protestation à travers le monde de l’époque contemporaine.

Le patriotisme était la règle, non la bigoterie. La cohérence idéologique, non le djihadisme erratique.

L’Algérien Ali La Pointe se fera ainsi dynamiter sur sa terre natale plutôt que de se livrer aux bourreaux de son peuple, alors que l’islamiste explosif Abou Qtada al Filistini, emprisonné à Londres chez son «mécréant» ancien colonisateur, freine des quatre fers son bannissement vers la Jordanie, un pays pourtant dirigé par un Roi se réclamant de la descendance du prophète en sa qualité de chef de la dynastie hachémite;

Le Palestinien Yasser Arafat soutenir trois sièges (Amman, Beyrouth, Ramallah) plutôt que d’abdiquer le droit inaliénable de son peuple sur la Palestine, alors que la plus jeune veuve d’Oussama Ben Laden, le fondateur d’Al Qaida, quête l’asile au Royaume-Uni dans une démarche qui signe le retour manifeste du refoulé. Une requête qui porte absolution rétrospective de l’artisan de la «déclaration Balfour» de toutes ses turpitudes envers le Monde arabe et dévoile dans le même temps la connivence stratégique souterraine de la mouvance wahhabite erratique avec le bloc atlantiste, le prédateur énergétique du Monde arabe.

Le premier président de l’Algérie indépendante, Ahmad Ben Bella, unique porteur de ce titre au Monde, ne jamais renier ses options de jeunesse, ni comploter contre son propre pays dont il aura été pourtant captif pendant une décennie, alors que le syrien Abdel Halim Khaddam, prédateur de l’économie libanaise pendant trente ans en sa qualité de vice-président de la République syrienne, rallier, sans vergogne, le camp de ses adversaires idéologiques, sous l’effet des pétrodollars.

Majestueux Ben Bella, blessé à Monte Cassino, la plus grande victoire française de la 2me Guerre Mondiale du fait du sacrifice de 4000 algériens tués au combat sur les 6.200 du contingent français, dont à l’instar du sénégalais Léopold Sedar Senghor, aucun français de premier plan n’aura assisté à ses funérailles, illustration symbolique du traumatisme que le combat algérien a infligé à la France et de l’ingratitude des Français à l’égard de la contribution des «basanés» à la libération de la France.

Un palestinien, par sectarisme confessionnel, pister pour le compte de ses employeurs jordaniens et israéliens, Imad Moughniyeh, le maître d’œuvre des opérations militaires du Hezbollah Chiite au Moyen Orient, prélude à son assassinat.

Le Hezbollah chiite libanais fournir un soutien logistique à son frère d’armes palestinien le mouvement sunnite Hamas, en substitution des grands pays arabes sunnites à la manoeuvre dans la mise en œuvre du blocus de Gaza sur fond de bradage par l’Egypte de son pétrole à Israël.

Le patriarche des coptes d’Egypte, enfin, Shenouda IV, se porter volontaire sur le front du Sinaï, en 1967, pour la défense de sa patrie en soldat de 2me classe et s’opposer par la suite à Sadate à sa normalisation avec Israël, en interdisant à ses ouailles le pèlerinage de Jérusalem à l‘ombre des baïonnettes israéliennes, alors que le Mufti d’Al Azhar, avec l’aval du ministère israélien de la défense, cautionne par sa visite à la Mosquée Al-Aqsa, l’occupation des Lieux saints et de la totalité de la Palestine.

Si, en Europe, le nationalisme a pu s’identifier, par moments, au chauvinisme, il n’en est pas de même dans le Monde arabe. Antidote à la balkanisation, le nationalisme arabe (al kawmiya al arabiya, qui pourrait se traduire par le patriotisme pan arabe) a marqué- et marque toujours- le dépassement des clivages ethnico-religieux et leur mobilisation contre les adversaires communs du Monde arabe.

Il explique, rétrospectivement, l’engagement des premiers baasistes syriens aux côtés des maquisards algériens, particulièrement Noureddine Atassi, futur président de la République syrienne, Youssef Zouayen, futur premier ministre et Ibrahim Makhos, futur ministre des Affaires étrangères. Un combat scellé par solidarité contre un commun adversaire, la France, colonisatrice de l’Algérie et dépeceuse de la Syrie, par détachement du district syrien d‘Alexandrette et son rattachement à la Turquie.

A son actif, il peut légitimement revendiquer la première nationalisation réussie du Tiers monde, le Canal de Suez, la mise en échec de l’agression tripartite contre Nasser, en novembre 1956, l’indépendance du Yémen, l’abolition de la monarchie en Irak et au Yémen du nord, la vague de nationalisation des installations pétrolières en Algérie, en Irak, en Libye, la propulsion enfin de la revendication nationale palestinienne dans les forums internationaux.

II- L’Arabie saoudite: Le plus important générateur de djihadistes erratiques – Al Qaïda, la plus formidable machine autodestructrice des Arabes

L’Islam politique, c’est à dire l’instrumentalisation de la religion musulmane à des fins politiques, particulièrement sa branche sunnite, a noyé le combat national dans des conflits sectaires, le détournant de son principal champ de bataille: la Palestine….le portant en Afghanistan à des milliers de km du champ de la confrontation, voire même au Nicaragua sandiniste, au-delà des océans et, dans le cadre du «safari club» en Afrique, pour la défense de dictateurs véreux du calibre de Mobutu.

Si l’Islam politique a assuré la survie des dynasties décriées, notamment l’Arabie saoudite, Bahreïn, la Jordanie, le Maroc, le Qatar, il a aliéné une large part des amitiés internationales des pays arabes: La Russie avec la guerre d’Afghanistan, l’Inde avec la destruction des Bouddhas de Bamyan en Afghanistan et l’Iran, avec la participation pétro-monarchique au confinement géostratégique de la République islamique iranienne.

Plus grave, l’Islam pétrolier et atlantiste a assuré la pérennité d’Israël par la constitution d’une ceinture d’Etats vassaux à l’Etat hébreu doublée d’un chapelet de bases militaires dans les monarchies arabes, dotées désormais d’une majorité de blocage au sein de la Ligue arabe.

Le dévoiement de la religion a accentué la subordination arabe à l’ordre israélo-américain, sans la moindre contrepartie sur la Palestine, quand bien même l’Arabie saoudite, le meilleur allié arabe des Etats-Unis, aura été l’artisan deux plans de paix, et, en sa qualité gardiens des Lieux Saints de l’Islam, y compris la Mosquée Al Aqsa, n’aura pu freiner ni la judaïsation rampante de Jérusalem, ni la phagocytose de la Palestine.

Aux temps bénis du nationalisme arabe, un dirigeant arabe pouvait être pieux et patriote et respectés dans le Monde. Pieux sans ostentation, dans la sobriété.

Une femme se livrer à des actions d’exploit sans s’enfermer dans de contraintes vestimentaires, sans pour autant perdre ni sa dignité de femme, ni sa qualité de citoyenne, telles l’algérienne Djamila Bouhired et les palestiniennes Leila Khaled et Dalal Moghrabi.

Assumer sa cause, sans accompagnateur. Détourner un avion, sans permission de sortie, mues par le sens du devoir et non par une quelconque Fatwa, avec pour Dress Code, la tenue de combat, et, pour tenue de camouflage, non la dissimulation par la Burqa, mais la Keffieh fièrement arborée en guise de profession de foi.

Pendant dix ans, (1980-1990), la période correspondant à l’immobilisation de la Révolution chiite en Iran par la guerre irako-iranienne déclenchée par Saddam Hussein contre le régime khomeyniste et à la fixation de l’URSS en Afghanistan par la guerre des djihadistes du tandem pro américain Taliban+Al Qaïda, l’Algérie s’est laissée happer par une tourmente infernale, le tribut payé à son rôle moteur dans la revendication d’un nouvel ordre international, avant de plonger dans une phase de cicatrisation décennale.

La convalescence a un temps….différent du temps de la somnolence de la « Princesse au Bois Dormant », un rôle qui ne sied guère d’ailleurs à l’Algérie.

Désinformation et désorientation ont depuis lors affligé le Monde arabe post nationaliste. La désorientation mentale du Monde arabe a d’ailleurs atteint un degré tel que l’on voit la Libye nouvelle libérée par les parrains de l’opposition syrienne destituer une statue de Nasser, pourtant artisan la première nationalisation victorieuse du tiers monde; les Fatwas se succéder pour limiter la libido de la femme, révélant, en contrechamps, la pathétique concupiscence de l’homme.

Le Maroc contraindre une post adolescente violée à épouser son violeur, en guise de prime au bourreau dans une tragique métaphore du fait colonial; le Maroc, mutique sur la Mosquée Al-Aqsa, dont pourtant le commandeur des croyants en a la charge, en sa qualité de président du Comité Al Qqsa, gratifiant, au contraire, de son forfait, l’ordonnatrice de la destruction de Gaza, Tzipi Livni, d’un «collier de la reine».

L’Arabie saoudite, prôner par la voix d’un de ses plus prestigieux dignitaires religieux le meurtre d’un dirigeant arabe prioritairement au meurtre d’un israélien, affichant, en toute impunité, une curieuse conception et de la religion et de la dignité de sa fonction.

L’Arabie saoudite, le plus gros générateur de djihadistes erratiques, le principal bailleur de fonds de l’intégrisme et le centre mondial de la régression, focaliser sa haine -toute sa haine- contre l’Iran, menaçant de se doter de l’arme atomique en une semaine si ce pays musulman accédait au rang de «puissance du seuil», ignorant la formidable menace de l’arsenal nucléaire israélien qui hypothèque la sécurité nationale de l’ensemble de la sphère arabo musulmane.

L’Arabie saoudite, toujours et encore, récidiviste impénitente, prônée par la voix du Mufti du Royaume, la destruction des églises et lieux de culte chrétien dans la péninsule arabique, plutôt que d‘appeler à la libération de la Mosquée Al-Aqsa de Jérusalem de même que le Golfe pétro monarchique de la lourde tutelle occidentale, matérialisée par dix bases militaires de l’Otan, la plus forte concentration militaire américain hors du territoire national.

La Tunisie, sous la houlette du parti néo-qatariote d’An-Nahda s’empresser de réclamer l’instauration du mariage de confort (Zawaj al Mith’a) et abriter une manifestation à la gloire d’Oussama Ben Laden, le fondateur du mouvement «Al-Qaïda», la plus formidable machine autodestructrice des Arabes en Irak, en Syrie, au Nord Liban, sans jamais tirer le moindre pétard mouillé contre l’ennemi officiel du Monde arabe, Israël.

Le Qatar, enfin, commandant en chef d’opérette d’une guerre mercenaire de déstabilisation du Monde arabe pour le compte des ses protecteurs américains, assumer avec bonheur sa fonction de souverain servile, dont le ralliement de Abdel Rahman Qaradawi le propre fils de leur prédicateur attitré Youssef Qaradawi, à la branche rivale de l’Islam sunnite, le chiisme, retentira comme le plus magistral camouflet à la logomachie paternelle et un désaveu à sa caution religieuse à toutes les équipées atlantistes dans le Monde arabe au bénéfice de ses bailleurs de fonds qatariotes.

III- Pour une coopération stratégique avec le BRICS et le groupe de Shanghai

Le détournement mental est tel qu’il importe de revenir sans retard aux fondamentaux du combat politique.
Le Monde arabe n’a pas la même conception de sa sécurité que les Etats-Unis. Il n’a pas non plus vocation à être à la remorque éternelle des Etats-Unis, pas plus qu’il ne doit se vivre en état de prosternation continuelle devant la doxa officielle occidentale, ni en état de soumission permanente à l’ordre israélien, tant il s’avère insultant pour l’intelligence arabe de mener perpétuellement une guerre de substitution pour le compte d’autrui.

Le plus grand défi qui se pose au Monde arabe est de conjuguer Islam, progressisme et modernité et non de provoquer le ralliement d’intellectuels progressistes à un islamisme régressif. A ce titre, la libération du monde arabe passe par la libération de la femme, tant il parait aberrant de songer à se libérer par l’asservissement de la moitié de son univers. Et la Libération de la Palestine par la démocratisation de la Syrie et des autres pays arabes, simultanément à la libération de La Mecque de la pensée atlantiste et wahhabite.
Alors que le Monde arabe est la cible d’une épouvantable offensive visant, avec la complicité des roitelets du Golfe, et à leurs frais avancés, à brader la Palestine par des guerres de dérivation contre les régimes séculiers arabes (Irak, Libye Syrie), il importe de revenir aux fondamentaux du combat politique.

Un rôle à la mesure de l’Algérie, enfin sortie de sa léthargie diplomatique, dont elle devra être à l’avant-garde par la reconstitution d’une alliance sud-sud, le développement d’une coopération pan arabe, sa réconciliation à l’Eurasie, c’est à dire les pays sans passifs coloniaux avec les pays arabe, le groupe de Shanghai et du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à l’effet d’atteindre une masse critique et de mettre un terme à la marginalisation croissante du monde arabe de la gestion des affaires du Monde.

Ah les temps bénis du nationalisme arabe. Pour preuve de sa charge explosive potentielle: le combat sans relâche mené par les Occidentaux contre ses symboles successifs, Nasser, Arafat, auparavant en Iran Mossadegh. De nouveau l’Algérie «dans un an», dixit Nicolas Sarkozy, et l’Iran dans trois.

Râle expiatoire ou sursaut d’espoir? Le souffle de l’épopée a resurgi, miraculeusement mais subrepticement, un quart de siècle plus tard, à Beyrouth, haut lieu de la contestation arabe, en 2006, lors de la guerre de destruction israélienne du Liban, où déjouant les attentes, la hiérarchie militaire chrétienne libanaise, le président Emile Lahoud, ancien commandant en chef de l’armée et son prédécesseur, le général Michel Aoun, feront bloc – feront corps- autour du Hezbollah libanais en lui offrant un sas diplomatique de protection, dégageant ainsi la voie à la «divine surprise» de la formation chiite.

Dans une zone gangrenée par une religiosité niaise, Hassan Nasrallah, moine soldat de l’Islam moderne, tribun religieux au langage châtié, au verbe riche, où s’entremêlent expressions religieuses et profanes, aura marqué le discours politique arabe par une tonalité ressortissant pleinement de la thématique nationaliste arabe la plus exigeante. Une tonalité laïque, qui tranche avec le rigorisme de façade de certains de ses détracteurs.

Formé à Nadjaf, la ville sainte du sud de l’Irak, cité refuge de l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny, chef de la révolution iranienne, ce dignitaire chiite libanais et patriote arabe intransigeant aura réussi la synthèse du chiisme arabe et iranien, de l’islamisme et du nationalisme arabe, du visage occidental du Liban et de son appartenance au monde arabe.

Bel exemple d’une belle synthèse magistralement assumée. Belle symbiose islamo chrétienne pour la défense du Liban et de la Palestine que cette réédition de la séquence yéménite cinquante ans plus tard.

Beau spectacle que celui de la palestinienne Leila Khaled et de l’algérienne Djamila Bouhired, déambulant sur le champ de bataille, à jet de pierre de la frontière israélienne, en novembre 2006, sans fard, ni voile, dans une double démarche, symbolique de la libération de la femme, symbolique de la femme au combat, alors que, parallèlement, leur consœur chrétienne libanaise, la chanteuse Julia Boutros, défiait les Israéliens sur le terrain de leur propre défaite en magnifiant l’exploit de ses compatriotes chiites dans un hymne à la gloire de leur combat solitaire pour la dignité des Arabes, au sud-Liban même, la relève de la résistance algérienne et de la résistance palestinienne.

Sauf à précipiter le Monde arabe dans une nouvelle phase de décadence sans doute fatale, les islamistes devraient, pour restaurer leur crédibilité au seuil du pouvoir, faire preuve d’innovation par le dépassement du conflit idéologique qui divise le Monde arabo musulman depuis l’époque post coloniale, en une sorte de synthèse qui passe par la réconciliation de l’Islam avec le socialisme, la modernité et la diversité.
Prendre en outre l’initiative historique de la réconciliation avec l’Iran, le chef de file de la branche rivale chiite de l’Islam à l’effet de purger le non-dit d’un conflit de quinze siècles résultant de l’élimination physique des deux petits-fils du prophète, Al-Hassan et Al-Hussein, acte sacrilège absolu fruit du dogmatisme.

Répudier la servilité à l’égard des Etats-Unis, bannir le dogmatisme régressif sous couvert de rigueur exégétique, en un mot agréger l’Islam à son temps, le temps présent non le temps antéislamique d’Al Jahiliya, le temps préhistorique de la mentalité prélogique, en se constituant en force d’innovation et non de conservation, une force de construction et non de destruction.
Retour donc aux fondamentaux du combat politique, bloc contre bloc, démocrates contre usurpateurs, patriotes contre falsificateurs, ce qui implique, préalablement, un retour à la loi cardinale des principes de gouvernement des premiers temps de l’Islam: Ad dine Lillah wal Watan lil Jamih…. la religion relève de Dieu et la Nation appartient à tous ses citoyens…..lointaine préfiguration du principe de laïcité, tant il est vrai qu’un pouvoir se juge à la manière dont il traite ses minorités.

Une religion propulsée par la bigoterie et la démagogie est l’âme et le reflet des sociétés sans âme.

Références

1 – La firme israélienne AGT a édifié un barrage électronique dans la région frontalière entre les Emirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman afin de prévenir les infiltrations hostiles. Le barrage est en en fait un «mur intelligent» qui recèle des caméras pouvant enregistrer les traits de visage de ceux qui touchent le mur. Des données immédiatement transférées dans les fichciers des services de renseignements et de la police capables de déclencher une intervention des forces de sécurité». Le maître d’œuvre du projet est la firme AGT, dirigeée par Mati Kochavi, un israélien installé aux Etats-Unis». Cf. Le business secret d’Israël dans le golfe Persique, Georges Malbrunot Le Figaro 26 juin 2010.
De son côté, l’Arabie saoudite a noué une coopération technologique avec la société Daront, une société High tech installée dans la vile de Ramat-Gan, près de Tel Aviv, dont le centre de révision technique est basé dans la colonie de Ilaad. L’accord porte sur un programme informatique et la formation aux Etats Unis du personnel saoudien à sa mise en œuvre. Dans l’industrie pétrolière.

2-Fatwa du Mufti suprême saoudien pour destruction des Eglises dans la péninsule arabique au lendemain de la fusillade de Toulouse mi-mars 2012

http://www.alquds.co.uk/index.asp?fname=today\23z500.htm&arc=data\201233-23\23z500.htm

Fatwa Ayed Ben Abdallah Al Karni rend licite le meurtre de Bachar Al Assad
Un dignitaire saoudien Ayed Ben Abdallah Al Karni a émis une Fatwa dimanche 26 février 2012, rendant licite l’assassinat de Bachar al Assad: L’assassinat de Bachar est plus impératif que le meurtre d’Israéliens », a¬ -t- il déclaré sur la chaine de télévision saoudienne « Al Arabiya ».

Pour complément d’information voir l’article paru lundi 27février dans le journal Al Qods al Arabi http://www.alquds.co.uk/scripts/fb.asp?fname=data%2F2012%2F02%2F02-26%2F26z492.htm
Fatwa koweitienne autorisant un mari à têter le sein de sa femme, mais sans se nourrir de son lait

http://www.alquds.co.uk/index.asp?fname=online\data\2012-04-01-15-47-10.htm

En Espagne pour battre les femmes désobéissantes

http://www.alquds.co.uk/index.asp?fname=online\data\2012-03-22-17-27-07.htm

Déclaration à la BBC de la princesse de Basma Ben Saoud, fille du défunt Roi Saoud, sur l’injustice faite aux femmes en Arabie http://www.arabi-press.com/?page=article&id=3167

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René NABA
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Le 21 juillet 2012 à 12 h 32 min   

Yasser Arafat, Mister Palestine for ever
Paru le 9 novembre 2009, réactualisé le 10 septembre 2011

( source : http://www.renenaba.com/ )

Epilogue de 63 ans de combat, le président palestinien Mahmoud Abbas présente le 23 septembre 2011 la demande d’adhésion à part entière d’un Etat de Palestine aux Nations unies en vue de crever l’abcès d’un demi siècle de procédés diplomatiques dilatoires, en plaçant les états occidentaux devant leurs propres responsabilités dans cette tragédie;  une démarche qui marque tout à la fois le triomphe posthume de Yasser Arafat, la deuxième mort symbolique du général Ariel Sharon, son ennemi le plus irréductible, transformé depuis cinq ans en «légumes» et le test des véritables intentions américaines à l’égard d’Israël, un pays dont ils paraissent souvent en être  l’otage.

Retour sur une vie de combat d’un homme sans lequel la Palestine aurait été rayée de la carte du monde.

Rien, absolument rien, ne sera épargné à celui que l’on a surnommé parfois, à juste titre, «le plus célèbre rescapé politique de l’époque contemporaine », et ce prix Nobel de la Paix, un des rares arabes à se voir attribuer un tel titre, boira la coupe jusqu’à la lie. Mais le chef palestinien décédera le 11 novembre 2004, sans pourtant n’avoir cédé rien sur rien, sur aucun des droits fondamentaux de son peuple, pas plus sur le droit de disposer de Jérusalem comme capitale que sur le droit de retour de son peuple dans sa patrie d’origine.

Sa stature sans commune mesure avec celle de son terne successeur, Mahmoud Abbas, un bureaucrate affairiste sans envergure et sans charisme, hante encore la conscience occidentale, sept ans après sa mort.

Carbonisé par ses atermoiements dans l’affaire du rapport Goldstone sur Gaza, l’offensive diplomatique contrainte de Mahmoud Abbas face à la démission américaine face à la colonisation rampante de Jérusalem justifie a posteriori le scepticisme du chef historique des Palestiniens à l’égard des pays occidentaux et porte condamnation de la complaisance de son successeur à l’égard de la duplicité occidentale, en même temps qu’elle révèle la servilité de la diplomatie américaine et de son chef, Hillary Clinton, secrétaire d’état, à l’égard d’Israël. La renonciation de Mahmoud Abbas à une nouvelle mandature présidentielle apparaît d’autant plus cruellement pathétique qu’elle a coïncidé avec une cinglante leçon de courage que lui ont assénée de jeunes palestiniens et des pacifistes israéliens en opérant, non sans risque, une percée dans le mur d’apartheid à l’occasion de la commémoration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, une action qui a retenti comme un camouflet à Mahmoud Abbas, un défi à Israël un défi à la léthargie des instances internationales, conduisant le successeur à renoncer à briguer un nouveau mandat, et, dans un contexte dynamisé par le «printemps arabe» à jouer son solde de tout compte dans cette campagne diplomatique internationale.

 Le keffieh palestinien, c’est lui

Le keffieh palestinien, c’est lui. Son portrait en lunettes noires et Keffieh, en couverture du magazine «Time», dans la foulée du premier fait d’armes palestinien contre l’armée israélienne, lors de la légendaire bataille d’Al-Karameh, le 20 mars 1968, provoquera un choc psychologique majeur au sein de l’opinion internationale, contribuant grandement à la prise de conscience de la lutte du peuple palestinien pour la reconnaissance de son identité nationale.

Plusieurs dizaines de fedayin palestiniens, sous le commandement direct de Yasser Arafat présent dans le camp assailli, se laisseront ce jour là décimés sur place forçant l’armée israélienne à battre en retraite sous le regard impassible de l’armée jordanienne, demeurée durant la première phase de la bataille l’arme au pied dans la vallée du Jourdain.

La bataille d’Al Karameh tire son nom, par un curieux clin d’oeil du destin, du lieu de la localité d’Al Karameh, la bourgade où s‘est déroulée ce fait d’armes. Acte fondateur du combat palestinien sur le plan international, elle sera perçue et vécue comme «la bataille de la dignité retrouvée» en ce qu’elle lavera dans l’imaginaire arabe la traumatisante défaite de juin 1967, infligeant aux israéliens des pertes humaines plus importantes que celles subies sur le front jordanien un an plus tôt (1). Elle galvanisera longtemps la jeunesse arabe dans son combat politique et propulsera la lutte du peuple palestinien au sein de la jeunesse du Monde. Par sa portée symbolique, elle passera à la postérité pour l’équivalent palestinien de l’antique bataille des Thermopyles (2), en ce qu’elle signait par le sang et le sacrifice suprême l’esprit de résistance des palestiniens et leur détermination à prendre en main leur propre combat.

Publiée par la revue américaine, la photo du chef palestinien jusque là anonyme popularisera et le porte-parole de la cause palestinienne et le symbole de l’identité palestinienne. Elle précipitera la mise à l’écart de son calamiteux prédécesseur Ahmad Choukeiry et propulsera, dans le même temps, le Keffieh, la coiffe traditionnelle palestinienne, au rang de symbole universel de la révolution. Le Keffieh, à l’origine en damier noir et blanc, sera décliné depuis lors dans toutes les couleurs pour finir par devenir le point de ralliement de toutes les grandes manifestations de protestation à travers le monde de l’époque contemporaine.

«Tout cela était possible à cause de la jeunesse, d’être le point le plus lumineux parce que le plus aigu de la révolution, d’être photogénique quoi qu’on fasse, et peut-être de pressentir que cette féerie à contenu révolutionnaire serait d’ici peu saccagée: les Fedayine (les volontaires de la mort) ne voulaient pas le pouvoir, ils avaient la liberté», prophétisait déjà en ces termes l’écrivain français Jean Genêt, un de leur nombreux compagnons de route de l’époque, qu’il immortalisa dans son inoubliable reportage sur le massacre des camps palestiniens de Sabra-chatila, dans la banlieue de Beyrouth. (Cf. Jean Genêt «Quatre heures à Sabra-chatila», in Revue d’Etudes Palestiniennes, N° 6 Hiver 1983).

Dans une séquence historique arabe riche de personnalités charismatiques, (décennies 1960 -1970), Gamal Abdel Nasser (Egypte), Hafez Al-Assad (Syrie), Houari Boumediene (Algérie), Saddam Hussein (Irak), Faysal d’Arabie, beaucoup lui en tiendront rigueur de sa popularité et de son prestige. Israël, d’abord et toujours, constamment, sans répit, voudra neutraliser la charge explosive de la mystique révolutionnaire que le mouvement national palestinien véhiculait au sein du tiers monde.

Dans le camp arabe, le Roi de Jordanie, Hussein le Hachémite, s’appliquera en premier, en septembre 1970, à le mettre au pas dans un épouvantable bain de sang, le premier du supplice palestinien, alors que les autres pays arabes s‘emploieront à limiter sa marge de manœuvre, en infiltrant la centrale palestinienne, l’Organisation de Libération de la Palestine, de mouvements fantoches, désormais fossiles, à l’instar d’Al-Saika pro syrienne, du Front de Libération Arabe pro-irakien ou du Front de libération de la Palestine pro égyptien ou encore de la duplicité marocaine qui compensait un soutien affiché à la cause palestinienne par une collaboration souterraine avec les services marocains. De tous les grands pays arabes, seule l’Algérie accordera un soutien sans faille à la guérilla palestinienne, «Zaliman kana aw Mazloum», oppresseur qu’il soit ou opprimé, selon l’expression du président Boumediene (3).

La guerre d’octobre 1973 et la destruction des fortifications israéliennes de la ligne Bar lev, le long du Canal de Suez, mettront en sourdine les conflits interarabes donnant du répit à la guérilla palestinienne, dégageant la voie à l’envol de Yasser Arafat sur la scène internationale. Prenant par surprise New York au saut du lit, Yasser Arafat débarque le 13 novembre 1974 d’un avion spécial algérien dans la métropole américaine pour s’adresser, fait sans précédent dans les annales diplomatiques, devant l’assemblée générale des Nations unies, présidée à l’époque par le fringant ministre de affaires étrangères de Boumediene, Abdel Aziz Bouteflika.

Fraîchement sacré par ses pairs arabes porte-parole exclusif des Palestiniens, le chef de l’OLP plaide la cause de son peuple, inexistant juridiquement, et inaugure solennellement une stratégie combinant la lutte armée et l’action diplomatique – «le fusil et le rameau d’olivier», selon sa formule, pour retrouver une patrie, la Palestine, rayée depuis un quart de siècle de la géographie politique.

Dans ce discours répercuté depuis la plus grande ville juive du Monde jusqu’aux confins de la Péninsule arabique, le dirigeant palestinien, dix ans après la fondation de son mouvement au Caire, en 1964, évoque timidement la possibilité d’une coexistence judéo arabe. Arafat est au Zénith, secondé par la nouvelle puissance pétrolière arabe révélée par la guerre d’octobre 1973.

Dans la brèche ouverte par l’OLP, dix sept mouvements de libération africains se verront reconnaître le statut d’observateur à l’ONU. Cinq d’entre eux, ceux de Guinée portugaise, d’Angola, de Mozambique, de Zimbabwe notamment conduiront quelques années plus tard leur pays à l’indépendance.

L’euphorie sera de courte durée. Six mois après son sacre onusien, la guerre éclate à Beyrouth, sombre présage, le 13 avril 1975, dans la quinzaine qui voit la chute de Pnom-Penh et de Saigon, les deux bastions américains en Asie. A son corps défendant, Arafat s’y engouffre, puis inexorablement s’embourbe dans ce qui n‘était au départ qu’une guerre inter factionnelle et qui se transformera en première guerre civile urbaine de l’époque contemporaine. Les rebondissements de ce conflit à projection régionale et internationale vont faire voler en éclats, au fils de sept années (1975-1982), la cohésion libanaise, la cohabitation libano palestinienne et la solidarité arabe.

L’Egypte fait la paix avec Israël et l’Amérique se lie par la clause Kissinger, qui subordonne tout contact avec l’OLP à des conditions équivalant, selon les Palestiniens, à une capitulation sans condition. Happé par la tourmente, Arafat touchera le fond de l’abîme, en juin 1982, dans Beyrouth assiégée, devenue pour ses adversaires le «foyer du terrorisme international», et, pour ses sympathisants, le «vivier de l’opposition tiers-mondiste». Abandonné de tous, il assure avoir humé dans son ancien sanctuaire transformé en camp retranché les «senteurs du paradis» (Rawaeh al Janna), le pressentiment de l’au delà. Il quitte son fief de Beyrouth avec les honneurs de la guerre, mais, exsangue, son organisation, le plus important mouvement de libération du tiers monde, quasiment désarticulée.

Douze ans après le septembre noir jordanien (1970), où les bédouins du Roi hachémite s’étaient donnés à cœur joie contre les Fedayine palestiniens, les Israéliens se livrent, à leur tour, à une chasse aux Palestiniens, dans Beyrouth, haut lieu de la contestation arabe, assiégée sous le regard impavide des dirigeants arabes. Pour la deuxième fois de son existence, Yasser Arafat, au prix de prodiges diplomatiques et d’une résistivité à tout crin, se sort d’un siège militaire dans lequel voulaient l’enterrer ses ennemis

Fort du capital de sympathie qu’il a accumulé au cours des 65 jours de siège, il se lance alors à la quête d’une nouvelle consécration internationale. C’est la période de la diplomatie volante. Reçu en grande pompe par un aréopage de chefs d’état arabes à Fès (Maroc), puis par le pape Jean Paul II, le président italien Sandro Pertini, en septembre 1982, les pays d’Europe du Nord, le Sommet des non-alignés de New Delhi, en février mars 1983, il butte, à l’instigation des Etats-Unis, sur les réticences du noyau central de l’Europe occidental: la France, le Royaume Uni et la RFA, mus, selon les Palestiniens, par une sorte de «solidarité expiatoire» à l’égard d’Israël, lui refuseront un droit de cité.

Les Etats-Unis, meilleurs alliés d’Israël dans le Monde, paient le tribut le plus lourd de la radicalisation du Proche-orient. En deux ans, 1982-1984, l’ambassade des Etats-Unis à Beyrouth Ouest, le quartier général des Marines, puis la mission américaine dans le réduit chrétien, seront tour à tour balayés par des attentats meurtriers, la cellule Moyen-orient de la CIA décapitée, de même que le quartier général des Français, ainsi que le quartier général phalangiste des milices chrétiennes.

Dans le même temps, certains des principaux protagonistes de l’intervention israélienne disparaissaient de la scène publique: Alexander Haig, secrétaire d’état et son ami le premier ministre israélien Menahem Begin, le chef des milices chrétiennes libanaises, Bachir Gemayel, l’officier félon libanais pro israélien Saad Haddad, alors qu’Ariel Sharon, l’artisan de l’invasion du Liban, était contraint à la démission pour sa responsabilité dans les massacres des camps palestiniens de Sabra-chatila, en septembre 1982.

Les survivants de cette hécatombe politique – Arafat et le président syrien Hafez Al Assad, le grand vaincu de l’été 1982 revigoré par l’armement sophistiqué soviétique- se livrent alors à un impitoyable règlement de compte. La centrale palestinienne est secouée de forces centrifuges, amplifiées par les déboires de leur chef dans sa politique d’ouverture vers l’Occident et les pacifistes Israéliens, dont les massacres de Sabra-chatila, dans la banlieue sud de Beyrouth, en seront l’illustration tragique.

Premier coup de semonce, Issam Sartawi, l’homme de l’ouverture pro-occidentale, est assassiné, puis, fait inconcevable à l’époque, deux des plus fidèles lieutenants d’Arafat -Abou Saleh et Abou Moussa- entrent en dissidence, plus grave encore, le chef de l’OLP, fait unique dans l’histoire, est expulsé de Syrie en juin 1983.

C’est la fêlure: les guérilleros se muent en desperados. Des Palestiniens portent les armes contre d’autres Palestiniens. Pour la troisième fois de son existence mouvementée, Arafat, comme il y a treize ans à Amman et l’année précédente à Beyrouth, est assiégé à Tripoli (Nord Liban), cette fois par les Syriens et les Israéliens.

Privé désormais de toute autonomie territoriale, il est sauvé in extremis, pour la deuxième fois en un an, par les Français agissant sous le couvert des Nations Unies. La presse internationale évoque le crépuscule du chef palestinien. Il réussit néanmoins au Sommet islamique de Casablanca à entrebâiller la porte du retour de l’Egypte dans le giron arabo-islamique d’où elle était exclue depuis cinq ans. De son exil de Tunis, à deux mille km du champ de bataille, il tente de recoller les morceaux de ce qui demeure le vecteur de la revendication nationale palestinienne.

Le président Assad ne décolère pas, malgré les bons offices de l’Algérie, du Sud Yémen et de l’Union soviétique. Par quatre fois cette année, Arafat est contraint, à l’automne 1984, de renoncer à convoquer le parlement palestinien en vue de se faire confirmer son leadership et éviter l’atrophie de la centrale palestinienne. Par crainte de scinder définitivement son mouvement, mais faute aussi de trouver l’hospitalité d’un pays pour y tenir ses assises. Une situation paradoxale pour un chef jadis incontesté d’une organisation reconnue par cent dix Etats. Paradoxale pour le symbole même de l’exil du peuple palestinien de se vouer à la recherche d’un refuge pour ses parlementaires en exil, cruelle ironie de l’histoire, illustration tragique du drame palestinien.

Amputé de ses deux principaux adjoints, Khalil Wazir, Abou Jihad, l’adjoint opérationnel sur le plan militaire, et, Abou Iyad, le responsable des renseignements, de son homme de confiance, Ali Hassan Salameh, officier de liaison auprès de la CIA, tous trois éliminés par les services israéliens pour tuer dans l’œuf tout dialogue entre Palestiniens et Américains,Yasser Arafat va faire l’objet d’un processus de diabolisation, qui débouchera quinze ans plus tard sur son confinement arbitraire sur ordre du boucher de Sabra-chatila, le général Ariel Sharon, sous le regard indifférent des pays occidentaux.

L’invasion du Koweït par l’Irak, en 1990, fera fondre sur lui le souffle du boulet. Plutôt que de se ranger dans un camp conte un autre et accentuer la division du Monde arabe, Arafat choisira d’endosser le rôle de médiateur entre Saddam Hussein et le Roi Fahd d’Arabie, talonné par l’Egyptien Hosni Moubarak trop heureux par son activisme belliqueux de restaurer le rôle moteur de l’Egypte sur la scène diplomatique arabe et justifier sa fonction de sous traitant régional de la diplomatie américaine. Yasser Arafat sera mis au ban de la communauté arabe et internationale, plus précisément au ban de la coalition occidentale, l’alliance de vingt six pays occidentaux et arabes mise sur pied pour châtier Saddam de son outrecuidance à l’égard d’une principauté pétrolière, le Koweït. Il ne devra son salut qu’à l’accord israélo-palestinien d’Oslo conclu quasiment à l’insu des chancelleries occidentales.

L’homme, pour son audace, se verra gratifier du Prix Nobel de la paix, le 14 octobre1994, en compagnie des co-auteurs israéliens des accords d’Oslo, le premier ministre Itzhak Rabin et le ministre des affaires étrangères Shimon Pères. Conclu le 13 septembre 1993, l’accord d’Oslo devait conduire à l’autonomie de la bande de Gaza et la zone de Jéricho (Cisjordanie) avant de déboucher cinq ans plus tard sur la proclamation d’un Etat palestinien.

Un accord de dupe qui ne tiendra pas un an. Beaucoup des censeurs du chef palestinien lui reprocheront cette précipitation alors que le rapport de force était en train de changer, qui fragilisera l’Organisation de Libération de la Palestine et partant le substratum juridique de la revendication nationale palestinienne en ce qu’il n’offrait aucune garantie sur la fin de l’occupation et de la colonisation.

Les accords d’Oslo se révèleront a posteriori une bombe à retardement et un piège: «Les accords d’Oslo, par leur imprécision, constituaient une bombe à retardement et un piège, dont Arafat en sera la première victime. Ces accords imprécis entre des parties inégales favorisaient la partie la plus forte parce qu’elle était la mieux armée pour imposer sa propre interprétation. Oslo a été un piège car il repoussait à des négociations futures les problèmes des frontières, de l’eau, des réfugiés et de Jérusalem et aucun palestinien sauf Arafat n’aurait signé un tel accord, car aucun dirigeant israélien n’était disposé à accorder aux Palestiniens ce que Arafat avait promis à son peuple», tranchera le journaliste palestinien Saïd Aburish auteur d’une biographie sur le chef  de l’organisation de Libération de la Palestine (3).

A tous égard, des accords frappés de malédiction, qui entrainera l’assassinat d’un des cosignataires, l’ancien premier ministre israélien Itzhak Rabin, le confinement de Yasser Arafat, un carnage 18 ans plus tard sur les lieux mêmes des accords à Oslo, en juillet 2011, par un militant de l’extrême droite européenne, symbolisant la nouvelle alliance contre nature entre La droite israélienne et la droite xénophobe européenne, une alliance maléfique entre les descendants du génocide hitlérien et les héritiers spirituels de leurs anciens bourreaux.

 La coupe jusqu’à la lie

En 1995, Benyamin Netanyahu, le chef de Likoud, nouveau premier ministre israélien, freinera l’application de l’accord avant de le vider complètement de sa substance dans l’indifférence des pays occidentaux. En toute impunité. C’est une nouvelle descente aux enfers pour Yasser Arafat dont le Nobel sera de peu de poids face aux avanies que les alliés occidentaux d’Israël vont lui infliger régulièrement.

Rien, absolument rien, ne sera épargné à celui que l’on a surnommé, parfois, à juste titre, «le plus célèbre rescapé politique de l’époque contemporaine», et ce prix Nobel de la Paix, un des rares arabes à se voir attribuer un tel titre, boira la coupe jusqu’ à la lie.

C’est ainsi qu’à l’occasion des cérémonies marquant le 50eme anniversaire de la fondation des Nations Unies, Yasser Arafat, fraîchement auréolé des accords israélo-palestiniens d’Oslo et du Nobel de la paix (1993), celui qui symbolise pour la grande majorité des siens la renaissance du peuple palestinien, le symbole de la revendication nationale palestinienne, va être rabroué d’une cérémonie à New York, fin octobre 1995, comme un vulgaire intrus.

Suprême infamie, l’interdit proviendra du sulfureux du Maire de New York, Rudolph William Louis Giuliani III, un italo-américain, au motif que les mains du dirigeant palestinien étaient souillées du sang d’américains. Comme si les américains n’avaient pas sur la conscience la mort de palestiniens. Comme si les américains n’avaient pas sur la conscience l’extermination des Indiens d’Amérique, dont l’éradication a permis à ce fils d’immigrés italiens de prospérer à New York sur la terre de leurs ancêtres spoliés. Comme si des responsables américains n’avaient pas durant la Deuxième guerre mondiale, pour préparer le débarquement en Italie, pactisé avec la mafia d’origine italienne surchargée de sangs d’innocentes victimes américaines. Un autre dirigeant arabe, un chef fier, le président Soleimane Frangieh, débarquant à New York, en novembre 1974 pour parrainer la première grande campagne diplomatique de Yasser Arafat, avait eu droit à une fouille humiliante de la part de la brigade canine de l’office de lutte contre les stupéfiants. L’outrage fit du président libanais, le dirigeant politique arabe le plus résolument antiaméricain. Et cette tradition s’est perpétuée avec sa descendance.

Au vu de ces expériences, il parait difficile de blâmer ceux qui, à l’habit diplomatique, continuent de préférer le treillis. Loin s’en faut qu’il s’agisse d’une simple coquetterie vestimentaire. Fidel Castro, par exemple. Le dirigeant cubain, un des derniers survivants de l’épopée révolutionnaire de l’après guerre, a eu droit à une ovation de douze minutes pour cinq minutes d’intervention devant l’assemble générale de l’ONU à l’occasion du 50 me anniversaire de la fondation de l’organisation internationale, alors que le président William Clinton, pour un discours de 17 minutes n’a eu droit, en cette circonstance, qu’à des applaudissements de circonstance.

La suite est connue et porte condamnation de l’Occident et de ses pratiques déshonorantes: la pression finale mise par Bill Clinton, en 1999, pour arracher un accord israélo-palestinien en vue de redorer la fin de son mandat éclaboussé par le scandale Monika Lewinsky. Décrié par ses ennemis, dénigré par ses faux frères arabes, Arafat, seul contre tous, face au déchaînement médiatique sur les prétendues offres généreuses d’Ehud Barak, ne cédera pas, sur rien.

Deux ans plus tard, les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyper puissance américaine mettent au goût du jour la thématique de la «guerre conte le terrorisme», une aubaine pour son implacable ennemi Ariel Sharon et son disciple américain George Bush qui diaboliseront à outrance Yasser Arafat pour en faire l’incarnation du mal absolu, quand bien même le commanditaire de l’opération, Oussama Ben Laden, le chef d’Al Qaïda, n’était autre que l’ancien sous traitant des américains, celui là même qui aura détourné vers l’Afghanistan des milliers de combattants musulmans pour faire la guerre aux soviétiques, les principaux alliés alors de Yasser Arafat du temps du siège de Beyrouth en 1982.

2003, l’invasion américaine de l’Irak offre à Ariel Sharon l’occasion de confiner Yasser Arafat dans sa résidence administrative, avec la complicité honteusement passive des pays occidentaux, et, toute honte bue, certaines des plumes les plus réputées du Monde arabe, tels des mercenaires de la presse, participeront à la curée.

Calfeutré dans sa luxueuse résidence londonienne à l’abri du risque et du besoin, Jihad el Khazen, le plus en vue des journalistes pétro monarchiques, directeur du journal «Al-Hayat» et caution palestinienne du journal saoudien, réclamera ainsi la démission non du boucher de ses compatriotes palestiniens de Sabra-chatila, le général Ariel Sharon, ou de son complice George Bush, du trublion libyen ou des gérontocrates du Golfe, tous les fossoyeurs de la cause nationale arabe, mais, paradoxalement, la démission de Yasser Arafat, le chef assiégé du mouvement palestinien, celui là même qui était alors à portée des fûts des canons des chars israéliens, le symbole de sa résistance nationale, la légende vivante du combat arabe.

Illustration pathologique de la décomposition mentale d’une fraction de l’élite intellectuelle arabe gangrenée par les pétrodollars monarchiques, sa prescription saugrenue est intervenue le 18 mai 2004 au lendemain de la destruction du camp palestinien de Rafah par l’aviation israélienne, moins d’un mois après les assassinats extrajudiciaires des chefs charismatiques du mouvement islamique palestinien Hamas, Cheikh Ahmad Yacine et Abdel Aziz Al-Rantissi. Elle lui vaudra de la part de l’étoile montante du journalisme arabe, l’éditorialiste vedette d’«Al-Qods Al-Arabi», Abdel Bari Atwane, un robuste rappel à l’ordre déontologique sur les règles élémentaires de la décence dans le combat politique.

Dix huit mois de réclusion n’entameront pourtant pas la volonté de résistance du chef palestinien, qui décédera le 11 novembre 2004, sans n’avoir cédé rien sur rien, sur aucun des droits fondamentaux de son peuple, pas plus sur le droit de disposer de Jérusalem comme capitale que sur le droit de retour de son peuple dans sa patrie d’origine. Mieux, comme un intersigne du destin, son bourreau, Ariel Sharon, sera réduit, treize mois plus tard, le 5 janvier 2006, à un état végétatif de mort-vivant, transformé en «légume» selon le jargon médical, plongé dans un coma, à l’image de sa politique belliciste.

Sa stature sans commune mesure avec son terne successeur, Mahmoud Abbas, un bureaucrate affairiste sans envergure, sans charisme, hante toujours la conscience occidentale, cinq ans après sa mort. Elle conduira les dirigeants occidentaux, sans crainte du ridicule, à de pathétiques contorsions: Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américain, en tournée au Moyen-Orient, de même que son prédécesseur républicain Condoleeza Rice, tel un rituel immuable, fleurissent régulièrement à chacun de leur passage à Beyrouth la tombe de Rafic Hariri, l’ancien premier ministre libanais assassiné, mais persistent à négliger à leur passage à Ramallah (Cisjordanie), le mausolée de Yasser Arafat. Il en est de même de Nicolas Sarkozy, autoproclamé «ami du peuple palestinien», qui contournera Ramallah, le siège du pouvoir légal palestinien, pour rencontrer Mahmoud Abbas à Jéricho, lors de son voyage en juin 2008. Comme si un Prix Nobel de la Paix palestinien constituait une monstruosité infamante, comme si le porte étendard de la revendication nationale palestinienne était pestiféré même au delà de la mort.

Qu’il est dérisoire de contourner sa conscience par un chemin de traverse. Pathétique de se voiler la face devant ses propres forfaitures: George Bush et Condoleeza Rice ont rejoint depuis belle lurette les oubliettes de l’histoire et leur compère Ariel Sharon a déserté depuis longtemps la mémoire des hommes, mais le mausolée de Yasser Arafat trône, lui, toujours devant le siège de l’autorité palestinienne, objet de l’hommage régulier de tout un peuple, comme une marque de gratitude indélébile à l’égard de son combat pour la renaissance de la nation palestinienne.

Au hit parade du leadership palestinien, Yasser Arafat pâtissait de l’aspect théâtral de certains de ses comportements, et sur ce créneau là, Abou Ammar était supplanté par deux personnalités aussi discrètes qu’efficaces: Georges Habbache, le charismatique dirigeant de l’organisation marxisante Front populaire de Libération de la Palestine, à la voix de stentor, d’une rigueur de vie exemplaire, le médecin des pauvres d’où son surnom «Al Hakim», l’ancien chef du mouvement nationaliste arabe, tombeur du protectorat britannique d’Aden (Yémen du sud), ainsi que Khalil Wazir, alias Abou Jihad, commandant en chef adjoint de la guérilla palestinienne, et, à ce titre, l’animateur clandestin de l’Intifada palestinienne.

Quelque soit des défauts et des erreurs qui lui sont imputables, Yasser Arafat a soutenu quatre sièges militaires (Amman, septembre noir 1970, Beyrouth (1982), Tripoli Nord Liban (1983), sans compter sa réclusion honteuse à Ramallah (2003-2004). Pour un seul homme en une seule vie, cela fait une bonne moyenne qui ne sera sans doute jamais égalée. Quoi qu’on dise, il occupera dans l’histoire une place infiniment plus consistante que ses ennemis Ariel Sharon, George Bush, Hussein de Jordanie ou même Bachir Gémayel, le pantin du tandem israélo américain. Malgré toutes les critiques dont il a fait l’objet, il n’aurait, lui, jamais tenu le congrès de son mouvement, le Fatah, pourtant déclencheur de la guérilla anti-israélienne, à l’ombre des baïonnettes israéliennes, dans une localité maintenue sous occupation par ses propres bourreaux. Avec Mahmoud Abbas et ses acolytes, le syndrome de Stockholm a atteint des proportions corrosives.

La guérilla palestinienne aura été la seule guérilla dans l’histoire des guerres de libération à devoir mener son combat sans assises territoriales solides, ni hinterland stratégique. Le combat palestinien a été au départ un conflit mobile par excellence et la stratégie de conquête de l’opinion occidentale, le fait d’une diplomatie volante. Le FLN sud vietnamien était chez lui, soutenu par Hanoi adossé à la Chine. Le FN algérien était chez lui face à des colons, de surcroît adossé au Maroc et à la Tunisie, l’Egypte (expédition de suez) et même au niveau de l’encadrement par la Syrie. La Jordanie n’était pas le territoire des Palestiniens au regard du Droit international bien que la Transjordanie ait été détachée de la Cisjordanie pour la céder aux Hachémites, et, le Liban non plus.

En dépit de la flagrante disproportion des forces, une aviation suréquipée de bombe à implosion, doublée d’une marine et d’une artillerie de campagne a pourchassé pendant soixante cinq jours un homme assiégé dans une grande métropole sous le regard impassible du monde, du jamais vu dan l’histoire de l’humanité. S’en sortir sans le moindre malaise vagal, sans renoncer à son combat.

En dépit de l’auréole du prix Nobel de la paix, ce chef d’état en fin de vie, sera confiné dans sa résidence surveillée aux conditions de vie rudimentaires, par un tandem Sharon Bush considéré par une large fraction de l’opinion internationale comme des «criminels de guerre», avec la passivité complice des dirigeants de la fameuse «communauté internationale», alors que son pays d’origine est complètement gangrené par l’occupation et sa population dépossédée de son identité et de son patrimoine. Du jamais vu, là aussi, dans l’histoire dans les annales diplomatiques internationales.

L’implosion politique de Mahmoud Abbas, le 5 novembre 2009, à six jours de la commémoration décès de Yasser Arafat, justifie a posteriori le scepticisme du chef historique des Palestiniens à l’égard des pays occidentaux et porte condamnation de la complaisance de son successeur à l’égard de la duplicité occidentale, en même temps qu’elle révèle la servilité de la diplomatie américaine et de son chef, Hillary Clinton, secrétaire d’état, à l’égard d’Israël.

Carbonisé par sa passivité lors de la guerre de destruction israélienne de Gaza, décembre 2007-janvier2008, et par la rebuffade américaine à propos des colonies de peuplement, sa renonciation à une nouvelle mandature présidentielle est apparue d’autant plus cruellement pathétique qu’elle a coïncidé  avec une cinglante leçon de courage que lui ont assénée de jeunes palestiniens  et des pacifistes israéliens  en opérant, non sans risque, une percée dans le mur d’apartheid à l’occasion de la commémoration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, une action qui a retenti comme un camouflet à Mahmoud Abbas et à Israël , un défi à la léthargie des instances internationales, un cadeau posthume à Yasser Arafat, initiateur de la lutte armée palestinienne.

Yasser Arafat a focalisé à lui seul la totalité de l’ostracisme israélo américain, concentrant sur sa personne les vexations infligées à travers lui au peuple palestinien, sans doute en raison du fait qu’il passera à la postérité pour avoir été l’homme sans lequel la Palestine aurait été rayée de la carte du monde.

Au regard de sa fin carcérale, du bilan calamiteux de Mahmoud Abbas, pourtant protégé des Américains et des Israéliens, de la corruption vomitive de l’idole des Israéliens, le responsable de la sécurité Mahmoud Dahlan, expulsé en juillet 2011 des rangs du Fatah, des exubérances médiatiques de Bassam Abou Chérif, des manifestations diplomatico-mondaines de Yasser Abed Rabbo, la décence commande de ne pas accabler un homme au parcours si extraordinairement complexe et éprouvant, en butte à la plus vive hostilité tant des pays occidentaux que des pays arabes.

Références

1. Au soir du 20 Mars 1968, l’armée israélienne attaque par surprise le camp palestinien installé dans la bourgade d’AL Karameh, dans la vallée du Jourdain, déclarée par Moshé Dayan, alors ministre de la Défense, «repaire du Fatah». Selon l’historien Benny Morris, les pertes israéliennes se sont élevées à 33 tués et 161 blessés. Sur le plan matériel, Israël enregistrera la perte de quatre chars de combat, 3 half-tracks, 2 voitures blindés ainsi qu’un avion, au cours de cette bataille qui aura duré 15 heures. Du côté palestinien, Kenneth Michael Pollack, ancien analyste de la CIA, estimera les pertes palestiniennes à 100 tués et 100 blessés, soit un tiers des combattants engagés tués ou blessés.

2. L’un des plus célèbres faits d’armes de l’histoire antique, la bataille des Thermopyles de 480 av. JC deviendra l’emblème de la résistance grecque à l’envahisseur, car malgré la prise d’Athènes par les Perses, les Grecs purent faire reconnaître leur indépendance, après leur triomphe à Salamine, le 22 septembre 480 av. JC. Trois cents spartiates commandés par le roi Léonidas Ier, prendront position à l’entrée du passage des Thermopyles, et combattront jusqu’au sacrifice, pour laisser aux Grecs le temps d’organiser leur défense. Au sommet du Kolonós, théâtre de l’ultime résistance spartiate, sur lequel fut érigé un mausolée, une inscription du poète Sémonide de Céos (556-467 av. JC), commémore cette action: «Étranger, va dire à Sparte qu’ici trois cents des siens sont morts pour obéir à ses lois».

3. «Yasser Arafat» Editions Saint Simon Hors collection Paris 2003. Saïd Abu Rish a été correspondant à Beyrouth du journal britannique Daily Mail et de la Radio Free Europe, la radio anticommuniste émettant de Prague à destination du bloc soviétique à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine et financée en sous main par la CIA, les services de renseignements américains.

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