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René NABA
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Le 21 juillet 2012 à 17 h 07 min   

Publié Le: jeu,19 juil 2012 – News / Syrie | Par René Naba
Assef Chawkat: un personnage encombrant, le boulet du régime alaouite.

( source : http://www.renenaba.com/ )

Syrie-Attentat-Portrait Assef Chawkat

Paris- Un attentat-suicide a visé, mercredi 18 juillet à Damas le centre du pouvoir syrien, emportant l’une des figures le plus emblématiques du clan Assad, le général Assef Chawkat, le propre beau-frère de Bachar Al-Assad, et, ce faisant, pour cruel et indécent que soit le constat, il débarrasse le président d’un personnage encombrant, d’un gros boulet dont les excès ont constamment desservi le régime.

L’attentat, qui aurait été mené par un membre de la garde rapprochée d’un des participants à une réunion du Conseil national de sécurité, a emporté plusieurs hauts responsables de l’appareil militaro-sécuritaire syrien, notamment le ministre de la défense, Daoud Rajha et le responsable de la cellule de crise chargée de la rébellion, le général Hassan Turkmani.

L’attaque, -revendiquée simultanément par deux formations, l’Armée Syrienne Libre (ASL) et Liwa’ Al-Islam, un groupe islamiste dont le nom signifie «La brigade de l’islam»- est la plus spectaculaire meurtrière opération contre le régime depuis le déclenchement des hostilités.

Survenant deux semaines après la défection d’un membre du premier cercle du pouvoir baasiste, le général Manaf Tlass, officier supérieur de la garde présidentielle et fils de l’ancien ministre de la défense, le général Moustapha Tlass, elle tend à donner une plus grande visibilité à une opposition gangrénée par ses divisions et à galvaniser ses ardeurs combatives.

Intervenant dans un climat exacerbé par l’épreuve de force diplomatique à l’ONU entre l’alliance occidentalo-pétromonarchique et leurs adversaires russes et chinois, elle tendrait à accréditer l’idée d’un régime sur la défensive, en perte de maitrise de la situation. Et inciter, du coup, les Occidentaux à chercher à vouloir forcer la décision finale en Syrie, en vue de couper court à la contestation qui se fait jour dans la zone chiite du Royaume Wahhabite, notamment le secteur d’Al Qatif, où de violents heurts ont opposé à la mi-juillet des activistes saoudiens aux forces de l’ordre dans le mutisme quasi général de la presse occidentale.

Assef Chawkat
Epoux de Bouchra, l’unique fille de l’ancien président Hafez al-Assad, fondateur de cette dynastie républicaine, Assef Chawkat, est l’ancien chef des services de sécurité dont les Occidentaux réclamaient la tête en compensation de l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri.
Perçu comme une pièce rapportée par le clan, Chawkat a entretenu des relations houleuses avec le frère cadet du président, le colonel Maher, le nouvel homme fort du régime, au point que le benjamin de la fratrie a blessé à l’estomac son beau-frère, d’un coup de pistolet en 1999, en plein palais présidentiel.
Réputée autoritaire, Bouchra passe pour nourrir une forte intimité à l’égard de l’épouse de Bachar et, prétention abusive, se rêvait en Première dame de Syrie en substitution d’Asma, fille d’un médecin de la grande bourgeoisie syrienne, ancienne spécialiste des transactions boursières dans un établissement londonien, à la forte présence médiatique, infiniment plus populaire et pertinente. Le clan alaouite au pouvoir en Syrie est articulé autour de l’alliance scellée entre deux familles Al-Assad et Makhlouf, concrétisé par le mariage de Hafez Al-Assad et Anissa Makhlouf.

Rami Makhlouf
Cousin du président Bachar, est le fils du général Mohamad Makhlouf, pro consul de la région nord de Syrie du temps de la mandature de Hafez al Assad, qui choisit de soutenir le président, lors de la guerre fratricide qui opposa Hafez à son frère cadet Rifa’at, à l’époque chef des troupes spéciales «Saraya ad dif’a» responsable à ce titre de la répression du soulèvement de Hama, en 1982, qui fit plusieurs milliers de morts.

Dénommé «Roi de Syrie» Rami Makhlouf est un richissime homme d’affaires. Il incarne, à ce titre, la corruption et le népotisme du régime. Depuis le début de la contestation populaire anti assad, il a déclaré renoncé aux affaires pour se consacrer aux œuvres caritatives.

Quant aux autres membres de la fratrie, L’ainé Bassel, destiné au départ à succéder à son père, a trouvé la mort dans un accident de voiture.
Le frère cadet du fondateur de la dynastie, Rifa’at Al Assad, ancien vice-président de la république, est entré en dissidence fin 1983. Il vit en exil en Espagne. Ses deux fils, Sumar et Ribal, organisent depuis Londres la campagne médiatique contre le régime via la chaine de télévision ANN TV, (Arab Network News). Deux autres cousins Mounzer et Fawwaz Al-Assad, fils de Jamil Al Assad, cousins germains du président, se comportent en chefs de milices dans les montagnes alaouites, berceau de la famille, à l’ouest du pays..
Selon les révélations Wikileaks, la chaîne ANN TV aurait obtenu des subventions de l’administration américaine pour une campagne de désinformation contre le régime baasiste..
Manaf Tlass et la diplomatie saoudienne du «carnet de chèques»

Dans le même ordre d’idées, Manaf Tlass constitue à ce jour la plus grosse défection médiatique du régime baasiste en dix-huit mois de déstabilisation anti syrienne.

La désaffection entre le play boy et son compagnon de jeunesse Bachar s’est progressivement installée au fur et à mesure que la solution sécuritaire prenait le pas sur le règlement politique. Manaf s’était mis à l’écart depuis près d’un an à la suite de l’exil à Doubaï de son frère aîné Firas, fournisseur en équipement de l’armée syrienne. Farouk Al Chareh, le vice-président de la République syrienne en titre, programmé en sa qualité de sunnite pour piloter dans le schéma occidental la période transitoire post-Assad, aurait adopté la même attitude.

La «diplomatie du carnet de chèques» a été, de tous temps, maniée par les Saoudiens, pour restaurer le pouvoir sunnite tant à Beyrouth qu’à Damas.

Au-delà du cas de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, artisan de la délocalisation de l’intégrisme wahhabite dans une société pluraliste, les deux cautions sunnites inamovibles du pouvoir alaouite, pendant quarante ans, le général Moustapha Tlass, ministre de la Défense, et Abdel Halim Khaddam, Vice-président de la république et ministre des Affaires étrangères, deux personnalités de premier plan présumées socialistes du régime baasiste, ont cédé aux sirènes des pétrodollars saoudiens, avant de se désintégrer.

Le militaire laissera convoler sa fille Nahed, une belle tige de la société syrienne, vers le septuagénaire marchand d’armes saoudien Akram Ojjeh, avant de sombrer dans le comique d’un problématique doctorat universitaire parisien.

Son héritier Manaf Tlass, général au sein de la garde républicaine syrienne, scellera sinon la rupture du moins le désaveu de la famille Tlass avec le clan Assad, avec l’annonce de sa défection à Paris, fin juin 2012, à l’occasion de la «Conférence des amis de la Syrie» chapeautée par la France.

Mais en choisissant comme lieu d’exil, Paris, la capitale occidentale la plus active dans le combat anti Assad, Manaf a franchi un point de non-retour, mettant un terme à près d’un demi-siècle ans de prédation conjointe de l’économie syrienne, témoignant de son vif dépit de son absence de promotion au grade de général de division lors de la promotion annuelle de juillet. Manaf est en 9e position à l’échelle des responsabilités du Quartier général du Mont Qassiyoune qui commande la défense de Damas.

Exfiltré via Beyrouth, selon toute vraisemblance sous la supervision des services de Denis Pietton, ancien ambassadeur de France au Liban et directeur de cabinet de Laurent Fabius, ministre socialiste des Affaires étrangères, maître d’œuvre de précédentes exfiltrations de servants français de la bataille de Bab Amro (Homs), en février 2012, Manaf Tlass paraît destiné, dans le schéma occidental, en cas de réussite de la déstabilisation de la Syrie, au rôle de futur chef fédérateur de la Syrie post baasiste, un vœu secret de l’Arabie saoudite, avec pour mission de coopérer avec le bloc atlantiste dans la lutte contre la dissémination des armes toxiques, y compris à l’égard du Hezbollah Libanais. Cet ancien membre du premier cercle du pouvoir baasiste paraît proche des thèses de l‘opposition interne représentée par l’activiste Michel Kilo. A tout prendre, son engagement dans l’arène diplomatique en faveur d’une transition politique du pouvoir, sans intervention extérieure, donnerait du relief à une coalition oppositionnelle apparue jusqu’à présent, au vu de ses prestations, comme une conjuration de cloportes de supplétifs de l’équipée atlantiste. Il reléguerait à l’arrière-plan la cohorte des théoriciens de pacotille des opposants de la dernière heure.

Quant à l’autre transfuge célèbre, également sunnite, le bien nommé Abdel Halim Khaddam, dont le patronyme en arabe signifie littéralement «le serviteur», il reniera singulièrement son militantisme après avoir abusivement ponctionné le Liban, opérant par cupidité la plus retentissante reconversion de l’histoire politique récente, finissant sa vie en factotum de son coreligionnaire sunnite libanais Rafic Hariri.

Vice-président de la République sous Hafez Al-Assad, il sera l’un des plus fermes opposants à la politique d’ouverture prônée par Bachar à la succession de son père, dont il redoutait les conséquences comparables à la perestroïka soviétique. A Paris, il fera alliance avec les Frères Musulmans syriens, la bête noire du régime, et se targue de mener, depuis Paris, un combat pour la restauration de la démocratie en Syrie, après avoir abusivement ponctionné l’économie libanaise, en partenariat avec Rafic Hariri, l’ancien premier ministre libanais assassiné.

Fondateur en 2006 du Front de Salut national (FSN), il est condamné par contumace en 2008 par un tribunal militaire syrien pour avoir notamment «organisé un complot en vue de renverser le pouvoir politique.

M. Khaddam a été amplement gratifié de sa forfaiture d’un somptueux cadeau, -la résidence du nabab pétrolier grec, Aristote Onassis, sur la plus célèbre artère de la capitale française, l’Avenue Foch-, alors que le compère français de Hariri, l’ancien président Jacques Chirac avait droit à un appartement avec vue sur Seine, Quai Voltaire à Paris, pensionnaire posthume de son ami, dont l’assassinat résulte vraisemblablement du grand basculement opéré par le président français dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak.

Curieux destin que celui des sunnites syriens, les familles Khaddam et Tlass, qui auront activement participé à la prédation de l’économie syrienne et qui pourraient se voir propulser au rôle de sauveur de la Syrie, du fait de leur appartenance sunnite, exonérés de leurs turpitudes antérieures de leur seul fait sunnite, exclusivement du fait de cette appartenance sunnite et de leurs connexions saoudiennes, en dépit des nombreux griefs qui pèsent sur eux. Une communautarisation instrumentalisée par la France au Liban, reprise par les occidentaux sur l‘ensemble arabe en vue d’entraver l’avènement d’une société démocratique et laïque.

Cauda

La polémologie du Moyen orient recense de nombreux attentats infiniment plus spectaculaires et meurtriers que l’attentat de Damas du 18 juillet 2012, dont voici les plus importants 1986- Attentat d’Aden ourdi par le propre premier ministre Ali Nasser Mohamad contre ses rivaux entrainant la décapitation de toute la hiérarchie marxiste du Yémen sud, provoquant par ricochet une guerre civile et la fuite de M. Ali Nasser vers damas. 1981- attentat des Moujahiddine Khalq contre le centre du pouvoir à Téhéran, entraînant l’élimination des certains des principaux dirigeants la hiérarchie politico religieuse de la République islamique iranienne. 1982 – Double attentat de Beyrouth contre le Quartier général des forces américaines et le Drakkar, le PC français, provoquant une hécatombe, fauchant près de quatre cents soldats et civils. 1983 – Attentat de Beyrouth contre l’ambassade américaine provoquant la décapitation de l’Etat-major de la CIA au Moyen orient. 1984- Attentat contre le QG israélien à Tyr, faisant deux vingt victimes, dont le commandant des forces israéliennes au Sud Liban.
Pour aller plus loin sur la Syrie

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Le 21 juillet 2012 à 12 h 32 min   

Yasser Arafat, Mister Palestine for ever
Paru le 9 novembre 2009, réactualisé le 10 septembre 2011

( source : http://www.renenaba.com/ )

Epilogue de 63 ans de combat, le président palestinien Mahmoud Abbas présente le 23 septembre 2011 la demande d’adhésion à part entière d’un Etat de Palestine aux Nations unies en vue de crever l’abcès d’un demi siècle de procédés diplomatiques dilatoires, en plaçant les états occidentaux devant leurs propres responsabilités dans cette tragédie;  une démarche qui marque tout à la fois le triomphe posthume de Yasser Arafat, la deuxième mort symbolique du général Ariel Sharon, son ennemi le plus irréductible, transformé depuis cinq ans en «légumes» et le test des véritables intentions américaines à l’égard d’Israël, un pays dont ils paraissent souvent en être  l’otage.

Retour sur une vie de combat d’un homme sans lequel la Palestine aurait été rayée de la carte du monde.

Rien, absolument rien, ne sera épargné à celui que l’on a surnommé parfois, à juste titre, «le plus célèbre rescapé politique de l’époque contemporaine », et ce prix Nobel de la Paix, un des rares arabes à se voir attribuer un tel titre, boira la coupe jusqu’à la lie. Mais le chef palestinien décédera le 11 novembre 2004, sans pourtant n’avoir cédé rien sur rien, sur aucun des droits fondamentaux de son peuple, pas plus sur le droit de disposer de Jérusalem comme capitale que sur le droit de retour de son peuple dans sa patrie d’origine.

Sa stature sans commune mesure avec celle de son terne successeur, Mahmoud Abbas, un bureaucrate affairiste sans envergure et sans charisme, hante encore la conscience occidentale, sept ans après sa mort.

Carbonisé par ses atermoiements dans l’affaire du rapport Goldstone sur Gaza, l’offensive diplomatique contrainte de Mahmoud Abbas face à la démission américaine face à la colonisation rampante de Jérusalem justifie a posteriori le scepticisme du chef historique des Palestiniens à l’égard des pays occidentaux et porte condamnation de la complaisance de son successeur à l’égard de la duplicité occidentale, en même temps qu’elle révèle la servilité de la diplomatie américaine et de son chef, Hillary Clinton, secrétaire d’état, à l’égard d’Israël. La renonciation de Mahmoud Abbas à une nouvelle mandature présidentielle apparaît d’autant plus cruellement pathétique qu’elle a coïncidé avec une cinglante leçon de courage que lui ont assénée de jeunes palestiniens et des pacifistes israéliens en opérant, non sans risque, une percée dans le mur d’apartheid à l’occasion de la commémoration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, une action qui a retenti comme un camouflet à Mahmoud Abbas, un défi à Israël un défi à la léthargie des instances internationales, conduisant le successeur à renoncer à briguer un nouveau mandat, et, dans un contexte dynamisé par le «printemps arabe» à jouer son solde de tout compte dans cette campagne diplomatique internationale.

 Le keffieh palestinien, c’est lui

Le keffieh palestinien, c’est lui. Son portrait en lunettes noires et Keffieh, en couverture du magazine «Time», dans la foulée du premier fait d’armes palestinien contre l’armée israélienne, lors de la légendaire bataille d’Al-Karameh, le 20 mars 1968, provoquera un choc psychologique majeur au sein de l’opinion internationale, contribuant grandement à la prise de conscience de la lutte du peuple palestinien pour la reconnaissance de son identité nationale.

Plusieurs dizaines de fedayin palestiniens, sous le commandement direct de Yasser Arafat présent dans le camp assailli, se laisseront ce jour là décimés sur place forçant l’armée israélienne à battre en retraite sous le regard impassible de l’armée jordanienne, demeurée durant la première phase de la bataille l’arme au pied dans la vallée du Jourdain.

La bataille d’Al Karameh tire son nom, par un curieux clin d’oeil du destin, du lieu de la localité d’Al Karameh, la bourgade où s‘est déroulée ce fait d’armes. Acte fondateur du combat palestinien sur le plan international, elle sera perçue et vécue comme «la bataille de la dignité retrouvée» en ce qu’elle lavera dans l’imaginaire arabe la traumatisante défaite de juin 1967, infligeant aux israéliens des pertes humaines plus importantes que celles subies sur le front jordanien un an plus tôt (1). Elle galvanisera longtemps la jeunesse arabe dans son combat politique et propulsera la lutte du peuple palestinien au sein de la jeunesse du Monde. Par sa portée symbolique, elle passera à la postérité pour l’équivalent palestinien de l’antique bataille des Thermopyles (2), en ce qu’elle signait par le sang et le sacrifice suprême l’esprit de résistance des palestiniens et leur détermination à prendre en main leur propre combat.

Publiée par la revue américaine, la photo du chef palestinien jusque là anonyme popularisera et le porte-parole de la cause palestinienne et le symbole de l’identité palestinienne. Elle précipitera la mise à l’écart de son calamiteux prédécesseur Ahmad Choukeiry et propulsera, dans le même temps, le Keffieh, la coiffe traditionnelle palestinienne, au rang de symbole universel de la révolution. Le Keffieh, à l’origine en damier noir et blanc, sera décliné depuis lors dans toutes les couleurs pour finir par devenir le point de ralliement de toutes les grandes manifestations de protestation à travers le monde de l’époque contemporaine.

«Tout cela était possible à cause de la jeunesse, d’être le point le plus lumineux parce que le plus aigu de la révolution, d’être photogénique quoi qu’on fasse, et peut-être de pressentir que cette féerie à contenu révolutionnaire serait d’ici peu saccagée: les Fedayine (les volontaires de la mort) ne voulaient pas le pouvoir, ils avaient la liberté», prophétisait déjà en ces termes l’écrivain français Jean Genêt, un de leur nombreux compagnons de route de l’époque, qu’il immortalisa dans son inoubliable reportage sur le massacre des camps palestiniens de Sabra-chatila, dans la banlieue de Beyrouth. (Cf. Jean Genêt «Quatre heures à Sabra-chatila», in Revue d’Etudes Palestiniennes, N° 6 Hiver 1983).

Dans une séquence historique arabe riche de personnalités charismatiques, (décennies 1960 -1970), Gamal Abdel Nasser (Egypte), Hafez Al-Assad (Syrie), Houari Boumediene (Algérie), Saddam Hussein (Irak), Faysal d’Arabie, beaucoup lui en tiendront rigueur de sa popularité et de son prestige. Israël, d’abord et toujours, constamment, sans répit, voudra neutraliser la charge explosive de la mystique révolutionnaire que le mouvement national palestinien véhiculait au sein du tiers monde.

Dans le camp arabe, le Roi de Jordanie, Hussein le Hachémite, s’appliquera en premier, en septembre 1970, à le mettre au pas dans un épouvantable bain de sang, le premier du supplice palestinien, alors que les autres pays arabes s‘emploieront à limiter sa marge de manœuvre, en infiltrant la centrale palestinienne, l’Organisation de Libération de la Palestine, de mouvements fantoches, désormais fossiles, à l’instar d’Al-Saika pro syrienne, du Front de Libération Arabe pro-irakien ou du Front de libération de la Palestine pro égyptien ou encore de la duplicité marocaine qui compensait un soutien affiché à la cause palestinienne par une collaboration souterraine avec les services marocains. De tous les grands pays arabes, seule l’Algérie accordera un soutien sans faille à la guérilla palestinienne, «Zaliman kana aw Mazloum», oppresseur qu’il soit ou opprimé, selon l’expression du président Boumediene (3).

La guerre d’octobre 1973 et la destruction des fortifications israéliennes de la ligne Bar lev, le long du Canal de Suez, mettront en sourdine les conflits interarabes donnant du répit à la guérilla palestinienne, dégageant la voie à l’envol de Yasser Arafat sur la scène internationale. Prenant par surprise New York au saut du lit, Yasser Arafat débarque le 13 novembre 1974 d’un avion spécial algérien dans la métropole américaine pour s’adresser, fait sans précédent dans les annales diplomatiques, devant l’assemblée générale des Nations unies, présidée à l’époque par le fringant ministre de affaires étrangères de Boumediene, Abdel Aziz Bouteflika.

Fraîchement sacré par ses pairs arabes porte-parole exclusif des Palestiniens, le chef de l’OLP plaide la cause de son peuple, inexistant juridiquement, et inaugure solennellement une stratégie combinant la lutte armée et l’action diplomatique – «le fusil et le rameau d’olivier», selon sa formule, pour retrouver une patrie, la Palestine, rayée depuis un quart de siècle de la géographie politique.

Dans ce discours répercuté depuis la plus grande ville juive du Monde jusqu’aux confins de la Péninsule arabique, le dirigeant palestinien, dix ans après la fondation de son mouvement au Caire, en 1964, évoque timidement la possibilité d’une coexistence judéo arabe. Arafat est au Zénith, secondé par la nouvelle puissance pétrolière arabe révélée par la guerre d’octobre 1973.

Dans la brèche ouverte par l’OLP, dix sept mouvements de libération africains se verront reconnaître le statut d’observateur à l’ONU. Cinq d’entre eux, ceux de Guinée portugaise, d’Angola, de Mozambique, de Zimbabwe notamment conduiront quelques années plus tard leur pays à l’indépendance.

L’euphorie sera de courte durée. Six mois après son sacre onusien, la guerre éclate à Beyrouth, sombre présage, le 13 avril 1975, dans la quinzaine qui voit la chute de Pnom-Penh et de Saigon, les deux bastions américains en Asie. A son corps défendant, Arafat s’y engouffre, puis inexorablement s’embourbe dans ce qui n‘était au départ qu’une guerre inter factionnelle et qui se transformera en première guerre civile urbaine de l’époque contemporaine. Les rebondissements de ce conflit à projection régionale et internationale vont faire voler en éclats, au fils de sept années (1975-1982), la cohésion libanaise, la cohabitation libano palestinienne et la solidarité arabe.

L’Egypte fait la paix avec Israël et l’Amérique se lie par la clause Kissinger, qui subordonne tout contact avec l’OLP à des conditions équivalant, selon les Palestiniens, à une capitulation sans condition. Happé par la tourmente, Arafat touchera le fond de l’abîme, en juin 1982, dans Beyrouth assiégée, devenue pour ses adversaires le «foyer du terrorisme international», et, pour ses sympathisants, le «vivier de l’opposition tiers-mondiste». Abandonné de tous, il assure avoir humé dans son ancien sanctuaire transformé en camp retranché les «senteurs du paradis» (Rawaeh al Janna), le pressentiment de l’au delà. Il quitte son fief de Beyrouth avec les honneurs de la guerre, mais, exsangue, son organisation, le plus important mouvement de libération du tiers monde, quasiment désarticulée.

Douze ans après le septembre noir jordanien (1970), où les bédouins du Roi hachémite s’étaient donnés à cœur joie contre les Fedayine palestiniens, les Israéliens se livrent, à leur tour, à une chasse aux Palestiniens, dans Beyrouth, haut lieu de la contestation arabe, assiégée sous le regard impavide des dirigeants arabes. Pour la deuxième fois de son existence, Yasser Arafat, au prix de prodiges diplomatiques et d’une résistivité à tout crin, se sort d’un siège militaire dans lequel voulaient l’enterrer ses ennemis

Fort du capital de sympathie qu’il a accumulé au cours des 65 jours de siège, il se lance alors à la quête d’une nouvelle consécration internationale. C’est la période de la diplomatie volante. Reçu en grande pompe par un aréopage de chefs d’état arabes à Fès (Maroc), puis par le pape Jean Paul II, le président italien Sandro Pertini, en septembre 1982, les pays d’Europe du Nord, le Sommet des non-alignés de New Delhi, en février mars 1983, il butte, à l’instigation des Etats-Unis, sur les réticences du noyau central de l’Europe occidental: la France, le Royaume Uni et la RFA, mus, selon les Palestiniens, par une sorte de «solidarité expiatoire» à l’égard d’Israël, lui refuseront un droit de cité.

Les Etats-Unis, meilleurs alliés d’Israël dans le Monde, paient le tribut le plus lourd de la radicalisation du Proche-orient. En deux ans, 1982-1984, l’ambassade des Etats-Unis à Beyrouth Ouest, le quartier général des Marines, puis la mission américaine dans le réduit chrétien, seront tour à tour balayés par des attentats meurtriers, la cellule Moyen-orient de la CIA décapitée, de même que le quartier général des Français, ainsi que le quartier général phalangiste des milices chrétiennes.

Dans le même temps, certains des principaux protagonistes de l’intervention israélienne disparaissaient de la scène publique: Alexander Haig, secrétaire d’état et son ami le premier ministre israélien Menahem Begin, le chef des milices chrétiennes libanaises, Bachir Gemayel, l’officier félon libanais pro israélien Saad Haddad, alors qu’Ariel Sharon, l’artisan de l’invasion du Liban, était contraint à la démission pour sa responsabilité dans les massacres des camps palestiniens de Sabra-chatila, en septembre 1982.

Les survivants de cette hécatombe politique – Arafat et le président syrien Hafez Al Assad, le grand vaincu de l’été 1982 revigoré par l’armement sophistiqué soviétique- se livrent alors à un impitoyable règlement de compte. La centrale palestinienne est secouée de forces centrifuges, amplifiées par les déboires de leur chef dans sa politique d’ouverture vers l’Occident et les pacifistes Israéliens, dont les massacres de Sabra-chatila, dans la banlieue sud de Beyrouth, en seront l’illustration tragique.

Premier coup de semonce, Issam Sartawi, l’homme de l’ouverture pro-occidentale, est assassiné, puis, fait inconcevable à l’époque, deux des plus fidèles lieutenants d’Arafat -Abou Saleh et Abou Moussa- entrent en dissidence, plus grave encore, le chef de l’OLP, fait unique dans l’histoire, est expulsé de Syrie en juin 1983.

C’est la fêlure: les guérilleros se muent en desperados. Des Palestiniens portent les armes contre d’autres Palestiniens. Pour la troisième fois de son existence mouvementée, Arafat, comme il y a treize ans à Amman et l’année précédente à Beyrouth, est assiégé à Tripoli (Nord Liban), cette fois par les Syriens et les Israéliens.

Privé désormais de toute autonomie territoriale, il est sauvé in extremis, pour la deuxième fois en un an, par les Français agissant sous le couvert des Nations Unies. La presse internationale évoque le crépuscule du chef palestinien. Il réussit néanmoins au Sommet islamique de Casablanca à entrebâiller la porte du retour de l’Egypte dans le giron arabo-islamique d’où elle était exclue depuis cinq ans. De son exil de Tunis, à deux mille km du champ de bataille, il tente de recoller les morceaux de ce qui demeure le vecteur de la revendication nationale palestinienne.

Le président Assad ne décolère pas, malgré les bons offices de l’Algérie, du Sud Yémen et de l’Union soviétique. Par quatre fois cette année, Arafat est contraint, à l’automne 1984, de renoncer à convoquer le parlement palestinien en vue de se faire confirmer son leadership et éviter l’atrophie de la centrale palestinienne. Par crainte de scinder définitivement son mouvement, mais faute aussi de trouver l’hospitalité d’un pays pour y tenir ses assises. Une situation paradoxale pour un chef jadis incontesté d’une organisation reconnue par cent dix Etats. Paradoxale pour le symbole même de l’exil du peuple palestinien de se vouer à la recherche d’un refuge pour ses parlementaires en exil, cruelle ironie de l’histoire, illustration tragique du drame palestinien.

Amputé de ses deux principaux adjoints, Khalil Wazir, Abou Jihad, l’adjoint opérationnel sur le plan militaire, et, Abou Iyad, le responsable des renseignements, de son homme de confiance, Ali Hassan Salameh, officier de liaison auprès de la CIA, tous trois éliminés par les services israéliens pour tuer dans l’œuf tout dialogue entre Palestiniens et Américains,Yasser Arafat va faire l’objet d’un processus de diabolisation, qui débouchera quinze ans plus tard sur son confinement arbitraire sur ordre du boucher de Sabra-chatila, le général Ariel Sharon, sous le regard indifférent des pays occidentaux.

L’invasion du Koweït par l’Irak, en 1990, fera fondre sur lui le souffle du boulet. Plutôt que de se ranger dans un camp conte un autre et accentuer la division du Monde arabe, Arafat choisira d’endosser le rôle de médiateur entre Saddam Hussein et le Roi Fahd d’Arabie, talonné par l’Egyptien Hosni Moubarak trop heureux par son activisme belliqueux de restaurer le rôle moteur de l’Egypte sur la scène diplomatique arabe et justifier sa fonction de sous traitant régional de la diplomatie américaine. Yasser Arafat sera mis au ban de la communauté arabe et internationale, plus précisément au ban de la coalition occidentale, l’alliance de vingt six pays occidentaux et arabes mise sur pied pour châtier Saddam de son outrecuidance à l’égard d’une principauté pétrolière, le Koweït. Il ne devra son salut qu’à l’accord israélo-palestinien d’Oslo conclu quasiment à l’insu des chancelleries occidentales.

L’homme, pour son audace, se verra gratifier du Prix Nobel de la paix, le 14 octobre1994, en compagnie des co-auteurs israéliens des accords d’Oslo, le premier ministre Itzhak Rabin et le ministre des affaires étrangères Shimon Pères. Conclu le 13 septembre 1993, l’accord d’Oslo devait conduire à l’autonomie de la bande de Gaza et la zone de Jéricho (Cisjordanie) avant de déboucher cinq ans plus tard sur la proclamation d’un Etat palestinien.

Un accord de dupe qui ne tiendra pas un an. Beaucoup des censeurs du chef palestinien lui reprocheront cette précipitation alors que le rapport de force était en train de changer, qui fragilisera l’Organisation de Libération de la Palestine et partant le substratum juridique de la revendication nationale palestinienne en ce qu’il n’offrait aucune garantie sur la fin de l’occupation et de la colonisation.

Les accords d’Oslo se révèleront a posteriori une bombe à retardement et un piège: «Les accords d’Oslo, par leur imprécision, constituaient une bombe à retardement et un piège, dont Arafat en sera la première victime. Ces accords imprécis entre des parties inégales favorisaient la partie la plus forte parce qu’elle était la mieux armée pour imposer sa propre interprétation. Oslo a été un piège car il repoussait à des négociations futures les problèmes des frontières, de l’eau, des réfugiés et de Jérusalem et aucun palestinien sauf Arafat n’aurait signé un tel accord, car aucun dirigeant israélien n’était disposé à accorder aux Palestiniens ce que Arafat avait promis à son peuple», tranchera le journaliste palestinien Saïd Aburish auteur d’une biographie sur le chef  de l’organisation de Libération de la Palestine (3).

A tous égard, des accords frappés de malédiction, qui entrainera l’assassinat d’un des cosignataires, l’ancien premier ministre israélien Itzhak Rabin, le confinement de Yasser Arafat, un carnage 18 ans plus tard sur les lieux mêmes des accords à Oslo, en juillet 2011, par un militant de l’extrême droite européenne, symbolisant la nouvelle alliance contre nature entre La droite israélienne et la droite xénophobe européenne, une alliance maléfique entre les descendants du génocide hitlérien et les héritiers spirituels de leurs anciens bourreaux.

 La coupe jusqu’à la lie

En 1995, Benyamin Netanyahu, le chef de Likoud, nouveau premier ministre israélien, freinera l’application de l’accord avant de le vider complètement de sa substance dans l’indifférence des pays occidentaux. En toute impunité. C’est une nouvelle descente aux enfers pour Yasser Arafat dont le Nobel sera de peu de poids face aux avanies que les alliés occidentaux d’Israël vont lui infliger régulièrement.

Rien, absolument rien, ne sera épargné à celui que l’on a surnommé, parfois, à juste titre, «le plus célèbre rescapé politique de l’époque contemporaine», et ce prix Nobel de la Paix, un des rares arabes à se voir attribuer un tel titre, boira la coupe jusqu’ à la lie.

C’est ainsi qu’à l’occasion des cérémonies marquant le 50eme anniversaire de la fondation des Nations Unies, Yasser Arafat, fraîchement auréolé des accords israélo-palestiniens d’Oslo et du Nobel de la paix (1993), celui qui symbolise pour la grande majorité des siens la renaissance du peuple palestinien, le symbole de la revendication nationale palestinienne, va être rabroué d’une cérémonie à New York, fin octobre 1995, comme un vulgaire intrus.

Suprême infamie, l’interdit proviendra du sulfureux du Maire de New York, Rudolph William Louis Giuliani III, un italo-américain, au motif que les mains du dirigeant palestinien étaient souillées du sang d’américains. Comme si les américains n’avaient pas sur la conscience la mort de palestiniens. Comme si les américains n’avaient pas sur la conscience l’extermination des Indiens d’Amérique, dont l’éradication a permis à ce fils d’immigrés italiens de prospérer à New York sur la terre de leurs ancêtres spoliés. Comme si des responsables américains n’avaient pas durant la Deuxième guerre mondiale, pour préparer le débarquement en Italie, pactisé avec la mafia d’origine italienne surchargée de sangs d’innocentes victimes américaines. Un autre dirigeant arabe, un chef fier, le président Soleimane Frangieh, débarquant à New York, en novembre 1974 pour parrainer la première grande campagne diplomatique de Yasser Arafat, avait eu droit à une fouille humiliante de la part de la brigade canine de l’office de lutte contre les stupéfiants. L’outrage fit du président libanais, le dirigeant politique arabe le plus résolument antiaméricain. Et cette tradition s’est perpétuée avec sa descendance.

Au vu de ces expériences, il parait difficile de blâmer ceux qui, à l’habit diplomatique, continuent de préférer le treillis. Loin s’en faut qu’il s’agisse d’une simple coquetterie vestimentaire. Fidel Castro, par exemple. Le dirigeant cubain, un des derniers survivants de l’épopée révolutionnaire de l’après guerre, a eu droit à une ovation de douze minutes pour cinq minutes d’intervention devant l’assemble générale de l’ONU à l’occasion du 50 me anniversaire de la fondation de l’organisation internationale, alors que le président William Clinton, pour un discours de 17 minutes n’a eu droit, en cette circonstance, qu’à des applaudissements de circonstance.

La suite est connue et porte condamnation de l’Occident et de ses pratiques déshonorantes: la pression finale mise par Bill Clinton, en 1999, pour arracher un accord israélo-palestinien en vue de redorer la fin de son mandat éclaboussé par le scandale Monika Lewinsky. Décrié par ses ennemis, dénigré par ses faux frères arabes, Arafat, seul contre tous, face au déchaînement médiatique sur les prétendues offres généreuses d’Ehud Barak, ne cédera pas, sur rien.

Deux ans plus tard, les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyper puissance américaine mettent au goût du jour la thématique de la «guerre conte le terrorisme», une aubaine pour son implacable ennemi Ariel Sharon et son disciple américain George Bush qui diaboliseront à outrance Yasser Arafat pour en faire l’incarnation du mal absolu, quand bien même le commanditaire de l’opération, Oussama Ben Laden, le chef d’Al Qaïda, n’était autre que l’ancien sous traitant des américains, celui là même qui aura détourné vers l’Afghanistan des milliers de combattants musulmans pour faire la guerre aux soviétiques, les principaux alliés alors de Yasser Arafat du temps du siège de Beyrouth en 1982.

2003, l’invasion américaine de l’Irak offre à Ariel Sharon l’occasion de confiner Yasser Arafat dans sa résidence administrative, avec la complicité honteusement passive des pays occidentaux, et, toute honte bue, certaines des plumes les plus réputées du Monde arabe, tels des mercenaires de la presse, participeront à la curée.

Calfeutré dans sa luxueuse résidence londonienne à l’abri du risque et du besoin, Jihad el Khazen, le plus en vue des journalistes pétro monarchiques, directeur du journal «Al-Hayat» et caution palestinienne du journal saoudien, réclamera ainsi la démission non du boucher de ses compatriotes palestiniens de Sabra-chatila, le général Ariel Sharon, ou de son complice George Bush, du trublion libyen ou des gérontocrates du Golfe, tous les fossoyeurs de la cause nationale arabe, mais, paradoxalement, la démission de Yasser Arafat, le chef assiégé du mouvement palestinien, celui là même qui était alors à portée des fûts des canons des chars israéliens, le symbole de sa résistance nationale, la légende vivante du combat arabe.

Illustration pathologique de la décomposition mentale d’une fraction de l’élite intellectuelle arabe gangrenée par les pétrodollars monarchiques, sa prescription saugrenue est intervenue le 18 mai 2004 au lendemain de la destruction du camp palestinien de Rafah par l’aviation israélienne, moins d’un mois après les assassinats extrajudiciaires des chefs charismatiques du mouvement islamique palestinien Hamas, Cheikh Ahmad Yacine et Abdel Aziz Al-Rantissi. Elle lui vaudra de la part de l’étoile montante du journalisme arabe, l’éditorialiste vedette d’«Al-Qods Al-Arabi», Abdel Bari Atwane, un robuste rappel à l’ordre déontologique sur les règles élémentaires de la décence dans le combat politique.

Dix huit mois de réclusion n’entameront pourtant pas la volonté de résistance du chef palestinien, qui décédera le 11 novembre 2004, sans n’avoir cédé rien sur rien, sur aucun des droits fondamentaux de son peuple, pas plus sur le droit de disposer de Jérusalem comme capitale que sur le droit de retour de son peuple dans sa patrie d’origine. Mieux, comme un intersigne du destin, son bourreau, Ariel Sharon, sera réduit, treize mois plus tard, le 5 janvier 2006, à un état végétatif de mort-vivant, transformé en «légume» selon le jargon médical, plongé dans un coma, à l’image de sa politique belliciste.

Sa stature sans commune mesure avec son terne successeur, Mahmoud Abbas, un bureaucrate affairiste sans envergure, sans charisme, hante toujours la conscience occidentale, cinq ans après sa mort. Elle conduira les dirigeants occidentaux, sans crainte du ridicule, à de pathétiques contorsions: Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américain, en tournée au Moyen-Orient, de même que son prédécesseur républicain Condoleeza Rice, tel un rituel immuable, fleurissent régulièrement à chacun de leur passage à Beyrouth la tombe de Rafic Hariri, l’ancien premier ministre libanais assassiné, mais persistent à négliger à leur passage à Ramallah (Cisjordanie), le mausolée de Yasser Arafat. Il en est de même de Nicolas Sarkozy, autoproclamé «ami du peuple palestinien», qui contournera Ramallah, le siège du pouvoir légal palestinien, pour rencontrer Mahmoud Abbas à Jéricho, lors de son voyage en juin 2008. Comme si un Prix Nobel de la Paix palestinien constituait une monstruosité infamante, comme si le porte étendard de la revendication nationale palestinienne était pestiféré même au delà de la mort.

Qu’il est dérisoire de contourner sa conscience par un chemin de traverse. Pathétique de se voiler la face devant ses propres forfaitures: George Bush et Condoleeza Rice ont rejoint depuis belle lurette les oubliettes de l’histoire et leur compère Ariel Sharon a déserté depuis longtemps la mémoire des hommes, mais le mausolée de Yasser Arafat trône, lui, toujours devant le siège de l’autorité palestinienne, objet de l’hommage régulier de tout un peuple, comme une marque de gratitude indélébile à l’égard de son combat pour la renaissance de la nation palestinienne.

Au hit parade du leadership palestinien, Yasser Arafat pâtissait de l’aspect théâtral de certains de ses comportements, et sur ce créneau là, Abou Ammar était supplanté par deux personnalités aussi discrètes qu’efficaces: Georges Habbache, le charismatique dirigeant de l’organisation marxisante Front populaire de Libération de la Palestine, à la voix de stentor, d’une rigueur de vie exemplaire, le médecin des pauvres d’où son surnom «Al Hakim», l’ancien chef du mouvement nationaliste arabe, tombeur du protectorat britannique d’Aden (Yémen du sud), ainsi que Khalil Wazir, alias Abou Jihad, commandant en chef adjoint de la guérilla palestinienne, et, à ce titre, l’animateur clandestin de l’Intifada palestinienne.

Quelque soit des défauts et des erreurs qui lui sont imputables, Yasser Arafat a soutenu quatre sièges militaires (Amman, septembre noir 1970, Beyrouth (1982), Tripoli Nord Liban (1983), sans compter sa réclusion honteuse à Ramallah (2003-2004). Pour un seul homme en une seule vie, cela fait une bonne moyenne qui ne sera sans doute jamais égalée. Quoi qu’on dise, il occupera dans l’histoire une place infiniment plus consistante que ses ennemis Ariel Sharon, George Bush, Hussein de Jordanie ou même Bachir Gémayel, le pantin du tandem israélo américain. Malgré toutes les critiques dont il a fait l’objet, il n’aurait, lui, jamais tenu le congrès de son mouvement, le Fatah, pourtant déclencheur de la guérilla anti-israélienne, à l’ombre des baïonnettes israéliennes, dans une localité maintenue sous occupation par ses propres bourreaux. Avec Mahmoud Abbas et ses acolytes, le syndrome de Stockholm a atteint des proportions corrosives.

La guérilla palestinienne aura été la seule guérilla dans l’histoire des guerres de libération à devoir mener son combat sans assises territoriales solides, ni hinterland stratégique. Le combat palestinien a été au départ un conflit mobile par excellence et la stratégie de conquête de l’opinion occidentale, le fait d’une diplomatie volante. Le FLN sud vietnamien était chez lui, soutenu par Hanoi adossé à la Chine. Le FN algérien était chez lui face à des colons, de surcroît adossé au Maroc et à la Tunisie, l’Egypte (expédition de suez) et même au niveau de l’encadrement par la Syrie. La Jordanie n’était pas le territoire des Palestiniens au regard du Droit international bien que la Transjordanie ait été détachée de la Cisjordanie pour la céder aux Hachémites, et, le Liban non plus.

En dépit de la flagrante disproportion des forces, une aviation suréquipée de bombe à implosion, doublée d’une marine et d’une artillerie de campagne a pourchassé pendant soixante cinq jours un homme assiégé dans une grande métropole sous le regard impassible du monde, du jamais vu dan l’histoire de l’humanité. S’en sortir sans le moindre malaise vagal, sans renoncer à son combat.

En dépit de l’auréole du prix Nobel de la paix, ce chef d’état en fin de vie, sera confiné dans sa résidence surveillée aux conditions de vie rudimentaires, par un tandem Sharon Bush considéré par une large fraction de l’opinion internationale comme des «criminels de guerre», avec la passivité complice des dirigeants de la fameuse «communauté internationale», alors que son pays d’origine est complètement gangrené par l’occupation et sa population dépossédée de son identité et de son patrimoine. Du jamais vu, là aussi, dans l’histoire dans les annales diplomatiques internationales.

L’implosion politique de Mahmoud Abbas, le 5 novembre 2009, à six jours de la commémoration décès de Yasser Arafat, justifie a posteriori le scepticisme du chef historique des Palestiniens à l’égard des pays occidentaux et porte condamnation de la complaisance de son successeur à l’égard de la duplicité occidentale, en même temps qu’elle révèle la servilité de la diplomatie américaine et de son chef, Hillary Clinton, secrétaire d’état, à l’égard d’Israël.

Carbonisé par sa passivité lors de la guerre de destruction israélienne de Gaza, décembre 2007-janvier2008, et par la rebuffade américaine à propos des colonies de peuplement, sa renonciation à une nouvelle mandature présidentielle est apparue d’autant plus cruellement pathétique qu’elle a coïncidé  avec une cinglante leçon de courage que lui ont assénée de jeunes palestiniens  et des pacifistes israéliens  en opérant, non sans risque, une percée dans le mur d’apartheid à l’occasion de la commémoration du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, une action qui a retenti comme un camouflet à Mahmoud Abbas et à Israël , un défi à la léthargie des instances internationales, un cadeau posthume à Yasser Arafat, initiateur de la lutte armée palestinienne.

Yasser Arafat a focalisé à lui seul la totalité de l’ostracisme israélo américain, concentrant sur sa personne les vexations infligées à travers lui au peuple palestinien, sans doute en raison du fait qu’il passera à la postérité pour avoir été l’homme sans lequel la Palestine aurait été rayée de la carte du monde.

Au regard de sa fin carcérale, du bilan calamiteux de Mahmoud Abbas, pourtant protégé des Américains et des Israéliens, de la corruption vomitive de l’idole des Israéliens, le responsable de la sécurité Mahmoud Dahlan, expulsé en juillet 2011 des rangs du Fatah, des exubérances médiatiques de Bassam Abou Chérif, des manifestations diplomatico-mondaines de Yasser Abed Rabbo, la décence commande de ne pas accabler un homme au parcours si extraordinairement complexe et éprouvant, en butte à la plus vive hostilité tant des pays occidentaux que des pays arabes.

Références

1. Au soir du 20 Mars 1968, l’armée israélienne attaque par surprise le camp palestinien installé dans la bourgade d’AL Karameh, dans la vallée du Jourdain, déclarée par Moshé Dayan, alors ministre de la Défense, «repaire du Fatah». Selon l’historien Benny Morris, les pertes israéliennes se sont élevées à 33 tués et 161 blessés. Sur le plan matériel, Israël enregistrera la perte de quatre chars de combat, 3 half-tracks, 2 voitures blindés ainsi qu’un avion, au cours de cette bataille qui aura duré 15 heures. Du côté palestinien, Kenneth Michael Pollack, ancien analyste de la CIA, estimera les pertes palestiniennes à 100 tués et 100 blessés, soit un tiers des combattants engagés tués ou blessés.

2. L’un des plus célèbres faits d’armes de l’histoire antique, la bataille des Thermopyles de 480 av. JC deviendra l’emblème de la résistance grecque à l’envahisseur, car malgré la prise d’Athènes par les Perses, les Grecs purent faire reconnaître leur indépendance, après leur triomphe à Salamine, le 22 septembre 480 av. JC. Trois cents spartiates commandés par le roi Léonidas Ier, prendront position à l’entrée du passage des Thermopyles, et combattront jusqu’au sacrifice, pour laisser aux Grecs le temps d’organiser leur défense. Au sommet du Kolonós, théâtre de l’ultime résistance spartiate, sur lequel fut érigé un mausolée, une inscription du poète Sémonide de Céos (556-467 av. JC), commémore cette action: «Étranger, va dire à Sparte qu’ici trois cents des siens sont morts pour obéir à ses lois».

3. «Yasser Arafat» Editions Saint Simon Hors collection Paris 2003. Saïd Abu Rish a été correspondant à Beyrouth du journal britannique Daily Mail et de la Radio Free Europe, la radio anticommuniste émettant de Prague à destination du bloc soviétique à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine et financée en sous main par la CIA, les services de renseignements américains.

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Stéphane
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Le 21 juillet 2012 à 12 h 29 min   
La philosophie de la coopération appliquée à l’informatique.
Pour la première fois en décembre 2007 (eh oui, c’est tardif pour un technophile), j’installais le système d’opération Linux / GNU sur un ordinateur. C’était la distribution Ubuntu.Presque tous les ordinateurs sur lesquels j’avais travaillé par le passé utilisaient une version ou une autre de Windows, avec ses avantages et inconvénients : simplicité d’utilisation (puisque c’était la référence), reconnaissance des périphériques, logiciels propriétaires (dépendance), non-respect de la vie privée, bugs intermittents, peu de « personnabilité ». Ce qui m’a le plus dérangé avec Windows, c’est la recherche du monopole et l’encouragement à une compétitivité écrasante. Pour les services rendus, je ne suis pas prêt à payer pour Windows.Le changement vers Linux / GNU a été pour moi très satisfaisant. Non seulement je faisais le saut vers un système d’opération gratuit et ouvert, mais je faisais mon entrée dans un monde collaboratif interculturel et international. La distribution Ubuntu propose la philosophie suivante, que je supporte totalement : « le logiciel devrait être gratuit, les applications devraient être disponibles dans la langue maternelle des utilisateurs, et ces derniers devraient avoir la possibilité de modifier et de personnaliser leurs logiciels comme ils le souhaitent ». Le mot « Ubuntu » provient de la langue bantou et veut dire « Humanité aux autres » ou encore « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ».

Les versions récentes de Linux sont très conviviales. Il arrive que l’installation de certaines applications nécessitent plus de manipulations que pour un logiciel similaire sur Windows, mais il fonctionnera proprement et sans interruption. Je me sens pour la première fois vraiment en contrôle de mon ordinateur; libre de ces manigances sous le couvert de mon système d’opération. Je suis fier et content d’avoir choisi Linux / GNU, un système d’opération qui considère les humains avant le profit.

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Sergei
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Le 21 juillet 2012 à 12 h 19 min   

( source : http://www.internetactu.net/2012/04/11/big-data-grande-illusion/ )

La cause serait entendue : après le cloud computing et l’internet des objets, les “big data” constitueraient la prochaine “révolution” apportée par le numérique. Alan Mitchell, cofondateur et directeur de la stratégie du cabinet britannique Ctrl-Shift, n’est pas d’accord. Pour lui, les Big Data auraient presque un côté contre-révolutionnaire : le chant du cygne d’une informatique productiviste, centralisatrice, centrée sur les grandes organisations.

“Les Big Data se fondent entièrement sur la statistique : dégager des schémas et des tendances à partir de grandes collections de données. La statistique fournit une manière extraordinairement puissante et utile de remettre en questions les suppositions et les inférences que les cerveaux humains produisent naturellement – et souvent de manière erronée. C’est formidable.
“Mais le principal déficit que rencontre notre société ne réside pas dans la capacité de traiter un grand nombre de données, bien au contraire. Le défi est celui de la logistique de l’information : comment transmettre exactement la bonne information à, et depuis, les bonnes personnes, au bon format, au bon moment. Une affaire de ‘Toutes Petites Données’ (Very Small Data).”

Mitchell ne conteste pas l’utilité des Big Data, il en conteste la nouveauté et le degré de priorité dans les agendas de recherche et d’investissement.

Selon lui, les Big Data ne marquent qu’une nouvelle étape d’une histoire aussi vieille que l’informatique : celle qui raconte la manière par laquelle des organisations, équipées de moyens très supérieurs à ceux du commun des mortels, deviennent capables de traiter des volumes toujours croissants d’informations toujours plus hétérogènes, afin de détecter des phénomènes toujours plus subtils, de prendre des décisions toujours plus pertinentes – et au final, de renforcer leur position ou d’en occuper de nouvelles.

Et pourquoi pas ? Mais pour Mitchell, cette informatique-là rencontrerait ses limites, dont les Big Data constitueraient une sorte de tentative désespérée de les repousser. Première limite, déjà énoncée par plusieurs chercheurs : le fantasme d’un accès direct, sans médiation, à la réalité de phénomènes physiques, biologiques ou sociaux, qui oublie volontiers qu’une donnée n’a rien de “donné” : elle est construite comme une variable, avec une finalité précise, puis produite, saisie ou acquise par des mécanismes qui constituent autant de médiations plus ou moins masquées. Cette quête sans fin se condamne à la course aux armements : il faut des moyens sans cesse plus importants pour parvenir à des inférences un peu plus fines, avec des rendements de plus en plus décroissants. Et sans espoir, nous dit Mitchell, de parvenir au Graal : se connecter vraiment à l’unité, la subjectivité, la complexité des êtres humains et de leurs pratiques sociales. Pourquoi ? Parce que les objets du calcul, en l’occurrence les humains, n’y sont pas conviés.

“Dans la plupart (mais pas la totalité) de ses manifestations, les Big Data s’intéressent à des données qui concernent le comportement des consommateurs. Les organisations collectent de telles données pour, par exemple, leur proposer un produit ou leur envoyer un message. L’objet, encore et toujours, est d’aider les organisations à en faire plus, de manière plus efficace.

[Cette approche] part, sans même y penser, de l’hypothèse que toutes les améliorations proviendront des organisations, alors qu’en réalité, les principales opportunités se trouvent tout à fait ailleurs – dans le fait d’aider les individus à agir de manière plus pertinente et efficace, via de nouveaux genres de services centrés sur les personnes.”

C’est bien là, selon Alan Mitchell et les autres pionniers d’un monde numérique centré sur l’empowerment des individus, que résideraient la vraie opportunité et le vrai défi : passer du traitement de masse de l’information (largement consubstantiel à sa concentration dans des organisations obligées de deviner le sens d’actes, de sentiments ou de discours qui leur restent extérieurs) à une “logistique de l’information”, qui vise à “résoudre des problèmes, prendre des décisions, organiser et mettre en pratique des actions sans perdre de temps et d’énergie à chercher la bonne donnée, encore moins à trier et jeter des masses d’informations non pertinentes.

“Les Big Data ne vont jamais à la source des données qui comptent vraiment (Really Big and Important Data) : à savoir, les humains et ce qu’ils veulent faire tout de suite, ou prévoient de faire dans le futur. Pourtant, (…) les gens commencent à avoir les moyens de gérer leur propre information, de la créer eux-mêmes et de la partager avec d’autres. Cela crée une avalanche de ‘données qui comptent vraiment’ : les Informations Proposées Volontairement (Volunteered Personal Information) – des informations sur moi, ma situation, mes priorités et ce que je souhaite faire maintenant. (…) La logistique de l’information s’organise autout de spécifications très précises – le recueil d’informations sur ce qu’un individu précis recherche à ce moment précis – plutôt que sur le moulinage massif et a posteriori de toutes les données sur lesquelles on a pu mettre la main. A partir des Big Data, vous pouvez inférer un motif ou une intention extraits de la masse, mais ça ne sera jamais aussi bon que d’obtenir l’information directement auprès de ceux qu’elle concerne. (…) Le sujet, ce n’est pas la collecte et le traitement massif de données – c’est le partage de données, qui mobilise des technologies différentes et pose des problèmes infrastructurels différents des Big Data.”

Prenons l’exemple de quelqu’un qui cherche à changer de voiture. L’approche “Big Data” consisterait à repérer, par exemple, que l’automobile actuelle a plus de x ans, que les factures de réparation se multiplient, qu’elle consomme visiblement plus, que la famille s’est étendue, qu’elle consomme plus “vert” et bio qu’avant mais que son pouvoir d’achat a baissé et qu’elle ne va plus chaque année en vacances au même endroit. En comparant ces caractéristiques (ou même des caractéristiques plus “brutes”, il s’agit déjà d’inférences) à celle de milliers d’autres profils, on commencera à envoyer des propositions commerciales pour des automobiles plus grandes, moins consommatrices mais moins haut de gamme ; et dans beaucoup de cas, on tapera à côté : trop tôt, trop tard, bien vu pour l’attention environnemental mais pas pour la famille (elle s’est séparée)… Tandis que l’approche “small data” consisterait à permettre au consommateur de dire en une fois à plusieurs interlocuteurs “Je vais changer de voiture. Voici mon modèle et la manière dont je l’utilise. Voici quelques informations sur moi, ma famille recomposée, où je vis et où je travaille, mes revenus. Attention, je cherche plutôt une petite voiture très peu polluante, je louerai quand on voyagera en famille. Je ne suis pas pressé, elle roulera encore bien un an, mais si vous me proposez une offre globale alléchante, crédit et assurance compris, je peux être intéressé. Je peux aussi être intéressé par des propositions de mobilité carrément alternatives : étonnez-moi ! Ces données sont confiées à un intermédiaire qui les a anonymisées mais qui vous garantit que j’existe et que ces informations sont exactes. Vous pouvez vous en servir pendant 2 semaines.”

D’un point de vue technique, on passerait de la “force brute” (mobiliser toujours plus de données et de puissance informatique pour attaquer les problèmes) à une forme de subsidiarité : tenter de traiter les questions à la source, là où toutes les informations existent sans doute, pour peu qu’on leur donne une raison de raconter leur histoire. D’un point de vue économique, il s’agirait de passer de l’économie de l’attention à “l’économie de l’intention“, titre du dernier ouvrage de Doc Searls. Une économie qui se focalise sur l’idée d’aider les individus (plutôt que les organisations) à décider, choisir et agir ; une économie frugale en information, qui équipe la demande pour lui permettre de s’exprimer de manière simple, directe et non ambiguë.

Alan Mitchell n’a pas entièrement raison. Pour commencer, les Big Data dont il traite concernent les humains et leurs pratiques et pas, par exemple, les sciences “dures” qui ont déjà beaucoup bénéficié de ces techniques. On trouve aussi dans les Big Data autre chose que des statistiques, par exemple des analyses de réseaux, des correspondances sémantiques, des cartes (pas seulement géographiques)…

Mais il vise juste quand il désigne la focale fondamentalement organisationnelle et asymétrique de la dynamique Big Data telle qu’elle se développe aujourd’hui, alors même que l’équipement des “foules” peut désormais rivaliser avec celui des plus grandes organisations. On pourrait ainsi s’interroger sur les manières d’en mettre les outils à disposition du plus grand nombre, ce qui nécessiterait de répandre également une culture critique des données (dont beaucoup de décideurs pourraient également bénéficier).

Et surtout, il faut prendre au sérieux l’agenda alternatif de recherche et d’innovation que décrit Mitchell : celui d’une informatique, de flux d’information et de calculs centrés sur les individus, et de la frugalité informationnelle que ce changement de focale rendrait à la fois possible et nécessaire.

Daniel Kaplan

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Wassel
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Le 20 juillet 2012 à 19 h 03 min   

dimanche 16 janvier 2011, par Alain Gresh

( source : http://blog.mondediplo.net/2011-01-16-Jours-intranquilles-a-Beyrouth )

La révolution tunisienne a permis à la presse libanaise une courte pause. Les quotidiens du 15 janvier titrent sur la victoire du peuple, reprenant les mots d’un poème que tous les écoliers arabes ont appris, « si un jour le peuple veut vivre, alors la nuit doit finir… » [1]

Mais ni ce coup de tonnerre dans le ciel arabe, ni même la visite officielle du prince de Monaco, reçu par le président Sleimane, n’ont pu venir à bout des inquiétudes qui ont saisi le Liban depuis la démission du gouvernement et l’annonce que « le procureur du Tribunal spécial remettra ses mises en accusation lundi », le 17 janvier, pour examen par le juge (LeMonde.fr, 15 janvier). Le pays vit au ralenti, la circulation, toujours difficile, est plus fluide, le soir certains quartiers ont perdu de leur animation.

Les révélations (qu’il faut prendre avec une grande prudence, d’autant qu’elles avaient déjà été faites en décembre et sont « relancées » aujourd’hui) par un site conservateur américain Newsmax.com (14 janvier), selon lesquelles le rapport ne mettrait pas seulement en cause des membres du Hezbollah, mais aussi l’ayatollah Khamenei et d’importants responsables syriens, ont fait monter la tension (Ken Timmerman, « Israel Cautiously Monitors Lebanese Crisis »).

Les 17 et le 18 janvier, le président mènera des consultations avec les membres du parlement et devrait proposer un nouveau premier ministre.

Le 12 janvier, avec leur démission, les ministres de l’opposition ont fait chuter le gouvernement. Une des bizarreries de ce pays : malgré la constitution d’un gouvernement d’union nationale au printemps 2008, on continue de parler de majorité et d’opposition. Dans le premier camp, le premier ministre Saad Hariri et la majorité de la communauté sunnite ainsi qu’Amine Gemayel et Samir Geagea représentent une moitié environ des chrétiens ; dans le second, le Hezbollah et Amal mobilisent l’ensemble, ou presque, des chiites et le général Michel Aoun est soutenu par l’autre moitié des chrétiens – cette division des chrétiens, qui rend difficile un discours simpliste sur la menace du Hezbollah, est souvent oubliée dans les médias (lire Nicolas Dot-Pouillard, « Révolution chez les chrétiens du Liban », Le Monde diplomatique, juin 2009).

La majorité peut aligner 55 députés, l’opposition 57 et, au centre, si l’on peut dire, le bloc dirigé par Walid Joumblatt du Parti socialiste progressiste, leader druze, naguère allié à Hariri et qui a pris ses distances, s’est rapproché à la fois du Hezbollah et de la Syrie. Sa position déterminera l’issue de la crise actuelle. Il compte 11 députés. Si l’on ajoute quelques indépendants, on atteint le nombre de 128 élus.

Après une longue crise, déjà, qui avait débouché en mai 2008 sur la prise de contrôle militaire par le Hezbollah et ses alliés de Beyrouth, des accords négociés à Doha (Qatar) avaient permis de constituer ce gouvernement d’union nationale. (Lire « Une semaine qui a ébranlé le Liban », Le Monde diplomatique, juin 2008). Celui-ci a survécu, cahin-caha, y compris aux élections de juin 2009 perdues par l’opposition, qui avait toutefois obtenu plus de voix que la majorité.

Mais il n’a pas résisté aux rumeurs qui courent depuis plusieurs mois, et qui disaient que le procureur général du Tribunal spécial sur le Liban (TSL) sur l’affaire Hariri allait demander l’inculpation de membres du Hezbollah. Le 31 mars 2010, Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, révélait que des adhérents de son parti avaient été entendus par le procureur, mais à simple titre de témoins (« Nasrallah, le Hezbollah et l’assassinat de Rafic Hariri »). C’est le 16 juillet que le même explique, dans un discours, que Saad Hariri l’a informé que des adhérents de son parti seraient inculpés par le TSL. Désormais, la stratégie du Hezbollah comme celle de l’opposition va être de demander au gouvernement de dénoncer les accords liant le Liban et les Nations unies sur le TSL, d’arrêter son financement, de retirer les juges libanais qui y siègent.

Des tentatives de médiation syro-saoudienne durant la seconde moitié de 2010 ne déboucheront pas, les positions des deux camps se révélant inconciliables sur le TSL. L’opposition exige désormais que le gouvernement qui sera constitué rompe avec le tribunal. Appuyée par la Syrie, réussira-t-elle ?

Pour le Hezbollah, comme pour la Syrie, l’enjeu dépasse largement le Liban. Le TSL, dont l’enquête serait « politisée » – et nul ne peut nier qu’elle l’a été, comme le prouve l’affaire dite des « faux témoins » (qui avaient mis en cause, dès le lendemain de l’attentat contre Hariri des responsables syriens) –, participe d’un complot visant à affaiblir la résistance et ses alliés, à la priver de ses armes, à la discréditer. Son analyse s’inscrit dans un cadre régional d’affrontement avec Israël et les Etats-Unis.

C’est aussi, paradoxalement, l’analyse de l’actuelle administration américaine, qui continue à considérer le Hezbollah comme une organisation terroriste et à vouloir l’affaiblir à tout prix. Nombre d’analystes au Liban pensent que Washington a contribué à l’échec de la médiation syro-saoudienne en poussant Hariri à maintenir un soutien fort au tribunal. [2]

Dans ce contexte, le compromis semble difficile. Nasrallah doit parler le 16 janvier au soir et on en saura sans doute plus.

Une nouvelle fois, il apparaît que les enjeux libanais dépassent largement les frontières de ce pays et que, tant que l’affrontement avec Israël perdurera et que la Palestine restera occupée, le Liban a peu de chances de connaître autre chose que des trêves et de pouvoir décider seul de son sort.

Notes

[1] Un lecteur a donné la citation exacte et je l’en remercie : Le poème arabe dont parle Alain Gresh est « La Volonté de vivre » du poète tunisien Abû al-Qâsim al-Châbbî, un des plus grands poètes du monde arabe et qui pourtant est mort à l’âge de 25 ans. « Lorsqu’un jour le peuple veut vivre Force est pour le destin de répondre Force est pour les ténèbres de se dissiper Force est pour les chaînes de se briser ».

[2] L’histoire de la commission d’enquête et du tribunal, de sa politisation, de sa manipulation, dépasse le cadre de cet envoi, au-delà même de savoir pourquoi on juge certains criminels et pas d’autres.

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